Retour sur la soirée mixte présentée le samedi 4 mai au Palais Garnier. Quatre ballets, quatre ambiances, cinq chorégraphes et trois compositeurs du début du XXème siècle. Au programme : L’oiseau de feu de Maurice Béjart (1970), L’après-midi d’un Faune de Vaslav Nijinski (1912), Afternoon of a faun de Jérôme Robbins (1974) et la création Boléro par Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet.
Allister Madin et Mathias Heymann
L’Oiseau de feu
Cette soirée s’ouvrait avec le révolutionnaire Oiseau de feu de Maurice Béjart, créé en 1970, sur une musique de Stravinsky. Mathias Heymann incarnait notre oiseau ce soir-là, une prise de rôle pour le danseur Etoile. Absent pendant plus d’une saison, c’est un réel plaisir, pour lui et pour le public, de le retrouver en scène. Mathias Heymann interprète un bel oiseau, chef de file, à la fois captivant et émouvant. On le sent heureux d’être là, et son personnage prendre de plus en plus d’ampleur tout au long du ballet : après une entrée un peu plus « timide », il s’envole littéralement, bluffant toujours autant par sa maîtrise technique et ses sauts. Sa gestuelle est de plus en plus précise, si bien que lorsqu’il meurt, on aurait presque la vision de voir cette aile brisée. Peut-être pourrait-il encore donner plus de poids à son interprétation? Cette dernière devrait s’affiner tout au long de la série. Quoique l’on en dise, une belle prise de rôle. 
A ses côtés, l’oiseau phénix est incarné par Allister Madin. « Qu’il est beau! » s’exclame ma voisine de fond de loge. C’est vrai. Allister Madin est plutôt à son avantage et il est presque dommage que son apparition soit aussi courte. Un jour, nous aurons peut-être l’occasion de le découvrir en oiseau? Parmi les membres du corps de ballet, on ne peut remarquer les présences indéniables de François Alu (bien évidemment) ou encore d’Eléonore Guérineau, très investie tout au long de ces vingt-deux minutes. 
Benjamin Pech et Eve Grinsztajn
L’après-midi d’un Faune
La soirée se poursuivait avec certainement la partie la plus intéressante de la soirée : la confrontation entre l’Après-midi d’un Faune de Nijinski (1912) et The Afternoon of a faun de Robbins. D’un côté, une oeuvre qui a fait le scandale au début du siècle dernier, de l’autre une relecture intelligente datant de 1970. 
Benjamin Pech incarnait ce faune, une interprétation très bestiale, avec un personnage qui demande à jouer sur l’expression du visage que sur la technique de danseur. Nijinski était certes réputé pour ses sauts, mais dans ce ballet on ne juge pas le ballon : le faune est un personnage terrien, fourbe. La musique de Debussy où les instruments à vents prédominent donne à la pièce ce côté sensuel, envoûtant  et voluptueux. Benjamin Pech livre une belle interprétation, s’appropriant les traits du faune, sans en faire trop. Eve Grinsztajn est quant à elle une nymphe d’une grande beauté, presque énigmatique. 
Emilie Cozette et Stéphane Bullion
Afternoon of a faun
Face aux décors imposants de la version Nijinski, la version de Robbins est plus épurée. Le chorégraphe américain nous emmène dans une salle de danse où un jeune homme et une jeune danseuse se rencontrent. Stéphane Bullion se prête bien au rôle. Il incarne un faune sensuel, mais aussi poétique. On retrouve dans certains de ces mouvements, les positions du faune vu précédemment. Emilie Cozette alterne entre jeune fille effarouchée et beauté fatale. Les deux Etoiles forment un beau couple. On apprécie ce moment de danse, suivant les moindres mouvements en scène, ce jeu de séduction, ce moment intime. Un bel instant.
(c) Agathe Poupeney / Agathe Poupeney / Opéra National de Paris
La soirée se clôturait par la création de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jarlet sur le célèbre Boléro de Maurice Ravel. Difficile dès les premières notes de ne pas se remémorer la grandiose version de Béjart, mais la mise en scène et les costumes nous plongent directement dans une tout autre ambiance. 
Onze danseurs en scène, un miroir suspendu au plafond, reflètant les mouvements des danseurs, et des tourbillons. Au début, cela peut paraître déroutant, puis intéressant. On essaye de suivre, de comprendre, mais rapidement entre les costumes (des squelettes, non sans rapeller Genius de Mc Gregor), le maquillage masquant une partie du visage, on ne reconnaît plus. On s’accroche alors au mouvement. Mais, finalement, on tourne en rond (aux sens propre et figuré du terme) et c’est un peu décevant. La scénographie est pourtant réussie : entre jeux de lumières ou ce grand miroir suspendu, il existe différents angles de vue pour le spectateur, différentes analyses possibles. Malgré une bonne idée de départ, la chorégraphie ne surprend pas et je ne me suis pas sentie transportée. Pourtant les danseurs sont bien présents, investits, ne s’arrêtant pratiquement pas pendant ces quinze minutes de tourbillon. Une impression finale mitigée, peut-être faudrait-il le revoir une seconde fois?

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