À l’occasion de la reprise de Kaguyahime (chorégraphie, Jiri Kylian) en février prochain, une rencontre publique était proposée dans le cadre des convergences à l’amphithéâtre Bastille le samedi 19 janvier avec la participation des danseurs Alice Renavand, Caroline Bance et Adrien Couvez. Les danseurs étaient coachés par les « danseurs transmetteurs » de Kylian : Elke Schepers et Patrick Delcroix.
(c) Jacques Moatti
Pour se mettre dans l’ambiance, en attendant sagement l’ouverture des portes de l’amphithéâtre, c’est l’occasion de faire le point sur la légende de la princesse Kaguyahime. En japonnais, « hime » signifie « princesse » tandis que « Kaguyahime » se traduit littéralement par « Princesse Kaguya ». Il faut bien le préciser l’argument du ballet et l’histoire de cette princesse lunaire sont tirés d’un conte japonais. Les souvenirs de l’entrée au répertoire sont un peu floues, et oui, deux ans ont passé. Il aurait fallu se replonger plus tôt dans le programme!
Brigitte Lefèvre ouvre cette rencontre par un rappel historique concernant le Tricentenaire de l’École de danse, qui, pour rappel, débutera le 15 avril prochain avec une soirée spéciale où seront réunis les élèves de l’école de danse auprès des danseurs de la compagnie (avec sans doute une création de Pierre Lacotte pour Mathieu Ganio et Aurélie Dupont). Mais, revenons à Kaguyahime
Cette rencontre se déroule en trois temps. Les répétiteurs du jour ont pris l’option de montrer trois extraits du ballet : la variation de l’un des villageois au premier acte, la fin du ballet lorsque Kaguyahime retourne sur la lune et pour finir, la bataille entre les gens de la ville et les villageois.
Adrien Couvez est le premier à s’élancer. Il incarne l’un des villageois. Le danseur exécute sa variation. Les premiers mouvements (et la musique) plongent dans l’ambiance particulière de Kaguyahime. Le danseur exécute tous les mouvements de sa variation parallèle, et non face au public. Patrick Delcroix nous en explique la raison : ce passage intervient au tout début du premier acte, lorsque Kaguyahime vient d’arriver sur Terre. L’attention des villageois est absorbée par cet être qu’ils voient pour la première fois, et ils dansent pour elle, ce qui explique pourquoi ils sont parallèles au public. Quelques corrections de placement, sur des bras, des corrections qui comme à leurs habitudes changent tout dans la réalisation du mouvement.

Alice Renavand incarne qant à elle la princesse Kaguyahime. Elle danse la variation de la princesse lorsque cette dernière décide de retourner sur la lune, après que avoir déclenché de nombreuses guerre en raison de sa beauté. Cette variation est particulièrement difficile. Alice Renavand se retrouve toujours en équilibre sur une seule jambe, les mouvements de ses mains, le moindre port de bras, tout doit être contrôlé et chaque pas a sa signification, comme l’énergie symbolisée au creux de ses paumes. La répétitrice décortique avec elle le moindre mouvement, même si le tout est déjà bien assimilé. Avec la musique, c’est une atmosphère troublante qui se dégage dans l’amphithéâtre.

Dernier passage présenté : l’affrontement entre les gens de la ville et les villageois, avec Caroline Bance et Adrien Couvez. Changement de rythme après la variation plus lente de Kaguyahime. La guerre est sans conteste un passage du ballet qui demande beaucoup d’énergie pour faire ressortir toute la hargne des personnages. Malgré avoir attendu un peu de danser, Caroline Bance est pleine d’énergie et livre un beau combat face à Adrien Couvez. Très charismatique, Caroline Bance est une personnalité du ballet que j’apprécie beaucoup : elle est toujours pleine d’énergie et s’investit toujours dans ses personnages. Une fois encore, les répétiteurs leur livrent quelques clés pour les aider dans l’exécution des pas. On voit nettement la différence, les danseurs semblent beaucoup plus à leur aise.

La répétition allant tellement vite « les danseurs sont trop bons » s’exclament les répétiteurs qu’un extra est offert au public de l’après-midi. Alice Renavand revient sur scène, incarnant toujours Kaguyahime, mais cette fois-ci pour présenter l’arrivée sur Terre de la princesse lunaire. Les répétiteurs nous expliquent la difficulté de la variation. La danseuse se retrouve sur une plateforme de 2x2m2 qui a la particularité d’être mobile. La danseuse doit rester en équilibre (et se retrouve la plupart du temps à danser toujours sur une seule jambe). Une fois encore, Alice Renavand exécute la variation complète avant de recevoir quelques corrections, notamment sur les détails de la chorégraphie. On décrypte ainsi quelques pas et retient quelques anecdotes, lorsque Kaguyahime arrive sur terre et cherche son équilibre. Le jeu des mains, la grâce et notamment ce souci du détail, qui une fois le mouvement bien esquissé donnent sens et beauté au geste. 

A l’issue de cette rencontre, on en sort toujours ravi mais un peu frustré. Frustré de peut-être n’avoir pas vu plus longuement les extraits effectués une seconde fois. Mais en même temps ravi, avec des clés sur la signification des pas et gestes, sur des détails auxquels l’on prêtera attention au cours des  représentation à venir. Enfin, on a toujours ce sentiment d’avoir vécu un moment particulier (qui s’avère être toujours aussi chaleureux) « en intimité » avec les artistes, des artistes qui une fois encore, paraissent plutôt bien « calés » sur le ballet.

Pour ceux qui n’ont pu assister à cette rencontre, un extrait vidéo sur le site de l’ONP.
Pour se replonger dans l’ambiance, souvenirs d’une représentation de 2010. 
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