Il y a des soirées desquelles vous sortez transporté : ce fût le cas pour la représentation de Don Quichotte du vendredi 14 décembre. Dans les rôles de Kitri et Basilio ce soir là, Ludmila Pagliero et Mathieu Ganio. Difficile de se contenir et de ne pas garder de réserve : cette soirée était magistrale, aux couleurs de l’Espagne. Et, pour donner la réplique aux deux solistes, un corps de ballet totalement investi, avec de sacrés tempéraments.

Passé le prologue, nous voilà à nouveau sur la Place de Barcelone. Kitri entre en scène. Le ton est donné. Ludmila Pagliero est une sorte de « Kitri née » (tout comme Dorothée Gilbert), elle est pétillante, débordante d’énergie. Certes, ses origines latines la prédisposent à ce genre de rôle mais la danseuse allie l’interpréation à la technique, qui est admirablement bien maîtrisée. La danseuse étoile sait faire le show et a le côté démonstratif qui va de pair avec l’environnement de Don Quichotte et sait donner de l’ampleur au personnage de Kitri. Son personnage est lumineux, vivant. Son Basilio pour cette représentation : Mathieu Ganio. Nommé dans ce rôle en 2004, alors qu’il avait à peine 20 ans, le danseur reprend le rôle huit ans après et c’est un réel plaisir de le voir en scène. Dès son entrée en scène, le danseur déploie toute son énergie dans une variation qui met en avant la qualité indéniable de sa danse. Avec ses lignes superbles, le danseur Etoile a les traits du danseur noble. En bref, un beau danseur classique. Pour apporter une pierre de plus à l’édifice, le partenariat entre ces deux danseurs fonctionne à merveille. Non seulement les deux etoiles dansent bien, mais ils jouent bien et se révèlent être de bons comédiens! Leurs Kitri et Basilio sont attachants, ont du répondant et nous plongent dans l’histoire sans se lasser des longueurs habituelles du premier acte. 
Parmi les divertissements de cet acte, sont à noter la danseuse des rues de Sarah Kora Dayanova, lumineuse et sensuelle, aux côtés d’un Alexis Renaud plutôt classe en Espada. N’oublions pas de parler des deux amies de Kitri, Lucie Clément et Séverine Westerman, qui sont aussi attachantes. Cet acte se termine par les variations entraînantes et délirantes, une arabesque majestueuse, une variation des castagnettes pleine de vivacité, alliant technicité et précision. La coda termine cet acte avec un très beau porté à une main, Mathieu Ganio traversant la scène de Bastille avec sa partenaire à bout de bras, avant que les deux amants ne s’enfuient. 
L’acte II s’ouvre sur un pas de deux au clair de lune très tendre duquel émane une forte complicité entre les deux danseurs et l’on croit fort à l’histoire entre Kitri et Basilio. Les deux amants sont vite pris dans les filets des gitans. Ce soir encore, c’est Allister Madin qui interprète le rôle du Chef des Gitans, et ce soir encore, c’est un un formidable chef des gitans, déchaîné et entraînant. A l’entracte dans la salle, il avait marqué les esprits car la voisine de devant s’est exclamée « Mais, qu’il était bien ce chef des gitans » (et même dans le tram, on en parlait encore de ce chef des gitans). La suite de l’histoire : la bataille fait rage entre Don Quichotte et les gitans, et ce dernier se précipite pour affronter le moulin à vent. Deuxième partie de cet acte, l’enchanteresque royaume des Dryades, la reine des Dryades est interprétée ce soir par Laura Hecquet, une danseuse talentueuse qui a incarné une reine des Dryades impériale avec beaucoup de classe. A ses côtés, on aime le côté mutin et espiègle du Cupidon de Myriam Kamionka. Ludmila Pagliero incarne une belle dulcinée avec une variation parfaite, à laquelle pourrait s’ajouter une petite pointe de lyrisme. 
L’acte III débute au coeur de la taverne, acte festif où le jeu de mime de la mort de Basilio de Mathieu Ganio fait rire le public. Ce dernier montre ses talents d’acteur. Au cours des noces, le fandango est une fois de plus bien en rythme et bien applaudi. Les demoiselles d’honneur entrent en scène, la première demoiselle d’honneur de la soirée est incarnée par la charmante Charline Giezendanner, une belle prestation. Vient ensuite le couple principal. Le pas de deux est superbe, les variations sont exécutées avec du panache, des variations jusqu’à la coda finale. Ludmila Pagliero en profite pour apporter sa touche personnelle dans les fouettés en jouant avec son éventail. La coda est délirante et termine cette soirée en apothéose. 
Au final, une soirée avec de la belle danse, de l’humour, de la grâce et de la classe et un partenariat, qui avait déjà fait ses preuves dans Paquita à l’automne 2010 mais qui ne sera pas à négliger à l’avenir : Pagliero/Ganio une autre valeur sûre.
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