[Une semaine intense, quelques déconvenues et voilà que les compte-rendus prennent du retard. Pourtant les impressions étaient pourtant gardées bien au chaud dans un carnet. Retour sans plus tarder sur la représentation de Don Quichotte, chorégraphie Noureev, du 8 décembre dernier qui a eu lieu en matinée.]
A l’origine, cette représentation devait être confiée au couple Froustey/Raveau mais suite à une blessure, c’est en Gilbert/Paquette que la représentation s’est transformée. Inutile de revenir à présent sur le chamboulement des distributions (qui s’est finalement terminé en apothéose le 9 décembre), mais concentrons-nous plutôt sur cette représentation du 8 décembre qui marquait le premier Don Quichotte du partenariat Gilbert/Paquette. A priori, une valeur sûre.
Ma dernière représentation de Don Quichotte remontait à 2007, date de la dernière reprise. Cette représentation avait été particulière : non seulement, elle voyait la première représentation en tant qu’Etoile de Jérémie Bélingard (dans le rôle de Basilio), mais c’est également au cours de cette représentation que Fanny Fiat avait dansé le troisième acte. Don Quichotte est un ballet qui m’avait immédiatement plu, par ses couleurs, sa vivacité mais aussi par ses enchaînements de variations.
A l’occasion de cette matinée, la salle de Bastille était remplie. On peut adorer Don Quichotte, mais que c’est long d’attendre la fin du prologue, malgré les qualités d’interprète de Yann Chailloux (et c’est à cet instant que l’on regrette la fonction « accélérée » du DVD). Mais, on se retrouve rapidement sur la place de Barcelone. Dès son entrée, Dorothée Gilbert annonce la couleur : tempérament de feu, sa Kitri est à la fois mutine, espiègle, fait la loi dans son couple avec Basilio et mène son père par le bout du nez. Elle s’approprie ce personnage à merveille, le rend vivant. A ses côtés, Karl Paquette incarne Basilio. Une belle complicité émane entre ces deux danseurs. Karl Paquette semble également prendre beaucoup de plaisir à danser Basilio. Le répondant entre les deux Etoiles fonctionne et plonge dans l’ambiance espagnole. Dans les divertissements, Héloïse Bourdon, la danseuse des rues, accompagnait Alexis Renaud, Espada. Alexis Renaud a une belle présence en scène et est mis en valeur dans le rôle d’Espada. Quant à Héloïse Bourdon, malgré sa belle prestation en danseuse des rues, j’aurais bien aimé la découvrir dans le rôle de la Reine des Dryades. Une bonne ambiance se dégage tout au long de ce premier acte, même si entre les nombreux divertissements des longueurs persistent. Ce dernier se termine pourtant par une variation des castagnettes bien executée par Dorothée Gilbert.
Le deuxième acte s’ouvre sur le pas de deux du clair de lune où Dorothée Gilbert et Karl Paquete font preuve d’une grande complicité, livrant un beau pas de deux alliant tendresse et technicité. Les gitans viennent rapidement perturber ce moment amoureux et c’est Allister Madin qui entre en scène : il incarne le chef des gitans et impose rapidement sa présence en scène. Il est déchaîné et arriverait presque à déchaîner le public assis en face de lui. Une très belle prestation! Mais voilà que Kitri et Basilio sont démasqués et que Don Quichotte s’en prend au moulin à vent. Le deuxième tableau prend place dans le Royaume des Dryades, tableau onirique, nous voilà plongé dans le rêve de Don Quichotte. En Reine des Dryades cet après-midi, Sarah Kora Dayanova, la danseuse semblait plus en retrait au cours de cette représentation et moins lumineuse qu’à son habitude. Quant à Marine Ganio, son Cupidon, à la fois piquant et mutin, est un petit bijou, et sa technique paraît sans faille! En Dulcinée, Dorothée Gilbert montre une nouvelle facette et incarne une Dulcinée lyrique à souhait, restant en suspension dans ses équilibres et esquissant une belle variation. 
Le dernier acte s’ouvre sur la bonne ambiance de la taverne. Karl Paquette fait rire le public dans son mime de la mort de Basilio. Le tableau du mariage arrive et débute avec un beau fandango plein de caractère. Les demoiselles d’honneur entrent rapidement en scène. La première demoiselle d’honneur du jour : Marion Barbeau. Pétillante, cette jeune danseuse s’avère avoir plus d’un tour dans son sac et est certainement l’un des jeunes espoir de la compagnie! Les deux Etoiles reviennent en scène pour le pas de deux final, un pas de deux qui se termine en feu d’artifice. Dorothée Gilbert est virtuose et se donne à fond, aussi bien dans les variations que dans les fouettés. Quant à Karl Paquette, il est lui aussi en grande forme, comme si sa partenaire l’entraînait dans cette coda. 
Au final, une matinée réussie dont on sort avec le sourire, en attendant de venir à nouveau du côté de Bastille pour une prochaine représentation.  
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