Retour en France et retour in extremis au Palais Garnier pour la dernière de la soirée Balanchine. Depuis le 24 septembre dernier, le ballet de l’Opéra présente trois pièces du dénommé Mr B : Serenade, Agon et le Fils Prodigue. Trois époques, trois styles et trois ambiances différentes pour la dernière soirée de cette série.
La soirée s’ouvrait avec Serenade. Entré au répertoire de la compagnie en 1947, Serenade est une pièce au cours de laquelle les danseuses du corps de ballet évoluent dans des ensembles coordonnés dans une lueur bleutée, sur une musique de Tchaïkovski. Ballet abstrait, Serenade est une pièce sans argument. Dans un style romantique, ou plutôt post-romantique si l’on veut rester juste, le ballet fait penser aux Sylphides de Fokine, et les ensembles de danseuses dans leurs tuniques bleues légères, font penser à ces êtres éthérés se mouvant avec grâce et délicatesse. Des moments enthousiasmants et intéressants, mais qui deviennent rapidement lassants, Serenade enchante et émeut par moment sans pour autant rester totalement enthousiasmant. Difficile de se laisser émouvoir et de se plonger totalement dans la pièce malgré les prestations de Ludmila Pagliero, à la technique propre, qui montre à l’aise dans le style et sûre d’elle, mais sans pour autant dégager cette émotion particulière. Mélanie Hurel et Héloïse Bourdon, la première avec ses sauts et la seconde avec ses arabesques, apportent du charme à la pièce. Florian Magnenet et Pierre-Arthur Raveau sont eux-aussi propres, ont un bon rôle de soutien des danseuses et savent se mettre en retrait pour simplement mettre en avant leurs partenaires. Par ailleurs, de belles personnalités se dégagent du corps de ballet féminin avec notamment Marine Ganio, ou encore Claire Gandolfi. 
La soirée se poursuivait avec Agon, entré au répertoire de la compagnie en 1974. Avec ses tuniques noires et blanches et son vocabulaire dansé différent, Agon reste sans conteste l’un des meilleur moment de cette soirée. Le premier pas de trois réunissant Karl Paquette, Nolwenn Daniel et Muriel Zusperreguy est bien maîtrisé, mais c’est surtout la lumineuse Myriam Ould Braham qui renforce l’intérêt pour le deuxième pas de deux aux côtés de Christophe Duquenne et de Stéphane Phavorin, justes eux aussi. On ne peut se lasser des extensions de la dernière Etoile. L’intérêt est croissant au cours de cette pièce et l’attention se focalise rapidement pour le dernier pas de deux avec les deux Etoiles Aurélie Dupont et Nicolas Leriche. Loin d’être novices dans cet exercice, leur démonstration, ou plutôt leur prestation, intrigue et enchante au travers de ce méli-mélo de pas, géométriques et complexes, c’est prenant et intéressant. La tension entre les deux danseurs est palpable et croît jusqu’au mouvement final. De chaleureux applaudissements seront réservés pour ces derniers.
Dernière pièce, Le Fils Prodigue clôturait cette soirée. Après les ballets abstraits, place aux ballet narratif. Changement d’ambiance et retour à l’époque des ballets russes, ce ballet est l’une des dernières commande de Diaghilev avant sa mort. Un peu vieillot et daté, d’une part par les costumes mais aussi par la mise en scène, le ballet arrive en fin de soirée et il est difficile pour le spectateur après l’ambiance d’Agon (et après l’entracte) de se plonger facilement dans l’histoire de la pièce. L’intérêt de la pièce réside dans la qualité des interprètes. A l’affiche, pour cette dernière : Jérémie Bélingard et Agnès Letestu. Si Jérémie Bélingard campe un fils capricieux et désireux de partir à l’aventure, Agnès Letestu est quant à elle une courtisane usant de ses charmes, une prédatrice et prête à tout pour ne faire qu’une bouchée du « gamin ». La pièce est (un peu) longue, la meilleure partie restant le duo Bélingard/Letestu où la danseuse impose sa présence et dégage une grande prestance, et le danseur, malgré sa forte personnalité, mais médusé devant la sirène se laisse avoir et tombe dans la dépravation.
Au final, une soirée à la fois intéressante mais aussi un peu moins passionnante par moments. De bons instants, notamment avec certains passages de Serenade ou encore les pas de trois et pas de deux d’Agon, mais des longueurs s’installent au cours de cette soirée et il est difficile de se laisser complètement transporter. Balanchine reste pourtant un chorégraphe dont les pièces me plaisent particulièrement, mais il faut croire que ce tryptique n’était peut-être pas le plus judicieux. 
La saison se poursuit dès le 31 octobre avec la soirée Merce Cunningham/ Marie-Agnès Gillot.
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