Samedi 13 octobre, 13h30. Le rideau du Royal Opera House s’ouvre pour une nouvelle représentation du Lac Des Cygnes dans la version d’Anthony Dowell. A l’affiche pour cette matinée, deux des principaux de la compagnie : Marianela Nunez et Thiago Soares, deux solistes de taille pour l’un des plus mythique des grands ballets classiques.

Certes, en ce samedi 13 octobre, Marie-Agnès Gillot présentait les prémices de sa création Sous apparence lors de la Rencontre organisée à l’amphithéâtre Bastille en milieu d’après-midi, qui sera à l’affiche dès le 31 octobre. Cependant, à quelques jours de rentrer (pour de bon) en France, la tentation était trop forte : comment peut-on résister à un Lac des Cygnes, mais surtout à un tel casting!?. Certes, la russe Natalia Ossipova dansait le soir même aux côtés de Carlos Acosta (l’autre star locale) , mais il n’empêche que compte tenu de leur parcours, voir ces deux solistes 100% maison, plébiscités par leur public et pour l’occasion déjà filmés dans le ballet, c’est aussi une valeur sûre! Retour acte par acte sur cette représentation.
Dès les premières notes, la musique de Tchaïkovski nous plonge dans l’ambiance du Lac, une ambiance que l’on connaît bien quand on commence à avoir vu plusieurs fois le ballet. Le premier acte, sans aucun conteste, reste le plus plat du ballet (quelle que soit la version). Ce dernier a pour rôle de placer le décor et la trame du ballet. Dans la version d’Anthony Dowell, à peine les membres de la cour présentés, les danseurs du pas de trois entre en scène pour un premier divertissement. Puis la Reine arrive à son tour et entre dans le sujet : son fils est en âge de se marier, mais pour cela il doit trouver une épouse. Ici pas d’ambiguités entre le prince et son précepteur, le premier acte est moins centré sur le prince. Ce dernier n’a pratiquement aucune variation, mais Thiago Sores, Siegfried du jour, a une sacré présence en scène et un port altier qui lui confèrent une belle allure de prince.
Le second acte, par sa magie, les costumes, les décors reste l’un des actes blancs préféré. Bien évidemment, l’entrée en scène tant attendue est celle de Marianela Nunez. La danseuse est tout simplement superbe, son tutu blanc la metantt encore plus en valeur. Elle donne cette impression de fragilité et fait ressentir cette tristesse, cette douceur, cette mélancolie qui caractérisent le personnage d’Odette, mais la soliste donne aussi à son personnage cette force de se battre contre ce sortilège lancé par Rothbart. En bref, Marianela Nunez est un cygne majestueux, une vraie reine…mais surtout une superbe danseuse. Une simple attitude, un piqué, ou encore un porté, tout est réalisé avec précision et sensibilité. Le partenariat avec Thiago Sores fonctionne à merveille. Le danseur ayant avant tout la qualité de mettre en valeur sa partenaire aussi bien dans les portés que dans les pas deux. C’est touchant et émouvant et les danseurs livrent un magnifique deuxième acte, transportant le public. Seul petit bémol, dans cette version, les costumes des cygnes sont des tutus longs donnant l’impression de plumes tombant le long des jambes des danseuses. Un bémol car dans un tel ballet, il est important de voir les jambes et l’intégralité des mouvements, pour les petits cygnes par exemple, cela sied moins la chorégraphie.
Le troisième acte reste bien entendu l’acte du cygne noir : la dénommée Odile. Le Prince ne pense qu’à Odette, et ne prêtera aucune attention aux fiancées venues spécialement pour lui, mais il se laissera tromper par l’apparition d’Odile arrivant avec le ténébreux Rothbart.  Les divertissement bien rythmés, avec une danse espagnole bien enlevée. Le pas de deux de ce troisième acte reste l’un des meilleurs moments avec une fois de plus un excellent partenariat : Thiago Soares mettant en valeur sa partenaire, qui pour ce personnage du cygne noir, a troqué son tutu blanc, sa fragilité et sa douceur, contre un tutu noir et des traits plus méchants et venimeux. L’effet est réussi : elle le mènera par le bout du nez, détournant son attention quand Odette tentera une apparition pour mettre en garde son bien-aimé contre cette tromperie. Tiago Soares a au cours de cet acte, l’occasion de danser et d’éxécuter l’une des seule variation du ballet, avec autant de panache l’une de ses seule variation du ballet et de montrer de belles qualités. Mais, il faudra bien se faire une raison : même si la supercherie est flagrante, le prince commet l’irréparable et c’est dans un final spéctaculaire que Rothbart et sa fille s’en iront triomphant, laissant un prince esseulé et desespéré.
Après un entracte (un peu en trop) le rideau s’ouvre sur le quatrième et dernier acte du ballet et sur le lac où les cygnes regroupés attendent le retour de la malheureuse Odette. Dans cette version, le découpage musical est différent et la musique peut paraître hors sujet et un peu trop guillerette lorsque l’on repense au drame qui vient de se dérouler au cours de l’acte précédent. Siegfried fera son entrée et après un dernier pas de deux, Rothbart entrera en scène, et les personnages d’Odette et de Siegfried se jetteront tour à tour dans le vide afin d’être réunis dans la mort. Malgré cette fin, quelque peu « gentille », le dernier tableau reste magnifique.
L’intérêt d’aller voir des compagnies étrangères, c’est de découvrir d’autres versions d’un même ballet, différentes interprétations et diférentes relectures. La version d’Anthony Dowell reste certainement plus fidèle à l’original de Petipa, se focalisant sur le personnage d’Odette-Odile et laissant moins d’importance au rôle de Siegfried où ce dernier, dans la version de Noureev, se retrouve au centre de l’intrigue. Même si les décors du Lac des Cygnes de Noureev sont souvent qualifiés de « sinistre », on peut tout de même souligner que sa relecture du Lac paraît plus réaliste, et son argument plus étoffé, notamment pour le rôle de Siegfried, beaucoup plus consistant que dans la version de Dowell. Par ailleurs, alors que les solistes du Royal Ballet, montrent un excellent niveau que ce soit du côté de la technique ou de l’interprétation, on peut quand même noter que le corps de ballet est peut-être moins rigoureux dans ses placements et dans les ensembles que celui de Paris. Concernant l’ambiance, on est presque émerveillé devant ces ovations si chaleureuses réservées aux artistes et solistes de la compagnie, avec ses beaux bouquets de fleurs. N’ayez pas peur d’aller faire un tour de l’autre côté de l’Atlantique, vous serez (très) agréablement surpris!
En résumé? Une excellente matinée avec de magnifiques solistes et une belle représentation du Lac des Cygnes. Si vous pouvez vous rendre à Londres, le ballet sera à l’affiche jusqu’au 24 novembre prochain. Dans le cas contraire, cette version du Lac est à découvrir en DVD, filmé en 2006 avec ces deux solistes dans les rôles principaux Marianela Nunez et Thiago Soares.


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