Dimanche 13 mai, cette date était marquée dans l’agenda de nombreux spectateurs fidèles à la Maison depuis un long moment déjà. Deux raisons à cela : cette date marquait d’un côté la dernière de la série de représentation de L’Histoire de Manon, mais cette date relevait d’un autre évènement, les adieux à la scène parisienne de la danseuse Etoile Clairemarie Osta.

Clairemarie Osta et Nicolas LeRiche

Distribution de choix pour cette représentation, distribution de la prèmière avec dans les rôles principaux : Nicolas LeRiche en tant que Des Grieux mais aussi Stéphane Bullion, Lescaut, Alice Renavand, la maîtresse de Lescaut, Stéphane Phavorin Monsieur de G.M et Vivianne Descoutures, Madame et bien évidemment Clairemarie Osta dans le rôle de Manon.
Il reste difficile de faire un compte-rendu d’une représentation d’adieux, tant les conditions de spectacle sont différentes et tant l’émotion est intense. Je n’avais pas eu l’occasion de voir cette distribution auparavant, j’étais comblée par le couple Osta/LeRiche, si fort et si émouvant. Retour sur cette représentation particulière au fil des actes.
L’ambiance reste différente dès l’entrée dans l’Opéra. Comme à chaque soirée d’adieux, les programmes sont vendus accompagnés d’un poster du danseur/ de la danseuse Etoile sur le départ. (ici, il s’agit d’une photo de Clairemarie Osta dans le rôle de La lune de Laurent Philippe). Ambiance particulière dans la salle avec des personnalités du monde de la danse (Ghislaine Thesmar et Pierre Lacotte au balcon avec Elisabeth Platel, Agnès Letestu, José Martinez, Jean-Guillaume Bart…) ou encore des personnalités politiques.
Stéphane Bullion, Clairemarie Osta, Nicolas LeRiche, Alice Renavand
Deuxième loges, quatrième étage, au fil de cette série je me serai rapprochée de la scène pour finir dans les baignoires. Plus on se rapproche, plus l’émotion est intense. L’Histoire de Manon c’est en quelque sorte un ballet qui s’apprécie au fil du temps (et au fil des distributions). Plus on le voit, plus on prend conscience des détails qui nous échappaient les fois précédentes, plus on (re)découvre d’autres scènes qui nous paraissaient totalement anodines auparavant. L’Histoire de Manon est un ballet chargé, il se passe beaucoup de choses en scène, beaucoup de personnages, de danseurs, de petites scènes à la dérobée… Résultat : les yeux ont envie de regarder partout et on ne sait plus où donner de la tête. Le premier acte se déroule dans la cour de l’Hotellerie, près de Paris. Lescaut est en scène, campé par un excellent Stéphane Bullion, mais il y a aussi le chef des brigands avec un François Alu lui aussi très en forme. Les personnages entrent progressivement en scène, avec Nicolas LeRiche (et toujours cette présence!). Bien évidemment, en ce jour si particulier, tous les regards (ou presque) sont tournés vers une seule et même personne : Clairemarie Osta. A son entrée, la danseuse Etoile est applaudie, le ton est donné. Sa Manon est douce, joueuse, la jeune Manon s’amuse lorsqu’elle retrouve son frère. Tout s’enchaîne ensuite : la première variation de Nicolas Leriche, impeccable, jusqu’à ce premier pas de deux au cours duquel la rencontre entre les deux protagonistes paraît simple, naturelle, pleine de délicatesse. Les sentiments naissent et c’est beau. Leur fuite laisse place au pas de deux de la chambre, romantique, tendre, amoureux. Un seul mot : magnifique. Ces deux personnages s’aiment et c’est tout simplement beau car tout paraît simple et réel. Lescaut mettra un terme à cet amour volage : Manon abandonnera son idylle pour les diamants et pierres précieux au bras d’un Monsieur de G.M incarné par un Stéphane Phavorin, toujours aussi à l’aise dans de tels rôles.
Le deuxième acte s’ouvre lors d’une soirée dans l’hôtel particulier de Madame. Ce deuxième acte s’ouvre avec l’entrée de Lescaut, débarquant complètement éméché. Stéphane Bullion est excellent dans cette variation, accentuant les traits de son personnage. Son pas de deux au cours duquel il entraîne Alice Renavand est vraiment drôle. Stéphane Bullion prend beaucoup de plaisir, ainsi qu’Alice Renavand qui reste une maitresse captivante, mettant en avant ses atouts de séductrice. Les deux héros reviennent en scène, Clairemarie Osta est sublime dans sa robe noire. La variation de Nicolas LeRiche montre un Des Grieux éperdument amoureux, il est émouvant et on a nul doute que Manon va retomber dans ses bras. De près, la scène de la tricherie est nettement plus explicite avec les courtisanes et la maîtresse qui tournent autour pour voir si Des Grieux triche ou non. Le supercherie révélée, après un combat à l’épée, Des Grieux et Manon prendront la fuite. Les amants sont touchant, fascinant, l’émotion est à son comble. Le public se laisse porter par leur histoire. Monsieur de G.M les retrouve, Lescaut meurre et Manon est condamnée. Clairemarie Osta est touchée à vif quand elle voit son frère mourir sous ses yeux. 

Changement de décor pour ce dernier et troisième acte, arrivée au port de la Nouvelle-Orléans. Sentiment étrange au cours de cette matinée, une impression que chaque scène, chaque tableau passe très vite (voire trop vite). Les prostituées à peine débarquées sont encore plus émouvantes de près, le géolier incarné par Aurélie Houette fait régner cet effroi et terrorise les malheureuses. Arrivent Manon et Des Grieux, le côté protecteur de Nicolas LeRiche est touchant. La Manon de Clairemarie Osta paraît toute fragile et si faible. La scène du géolier, dérangeante la première fois, met toujours un peu mal à l’aise. L’arrivée de Lescaut qui vient arracher sa bien-aimée des mains du géolier est superbe, mais d’un coup de poignard il condamne le couple à l’exil. Le dernier pas de deux arrive très vite, voire trop vite. La musique s’emballe et le décor des marécages se met en place. Les dernières images de la vie de Manon défilent en scène. C’est beau, c’est magnifique et c’est déchirant. Ce dernier pas de deux est symbolique, dernière fois que les deux danseurs interprètent ces rôles et dansent ensemble sur cette scène. Ce dernier pas de deux tumultueux traduit la douleur du moment. Les deux Etoiles sont totalement impliqués et complètement dans leurs rôles Manon pousse un dernier soupir et la voilà qui s’éteint dans les bras de son bien-aimé. Le rideau se ferme sur un Nicolas LeRiche déchiré par la douleur. C’est sublime. 
Les lumières s’éteignent puis se rallument sur le couple d’Etoile. Une ovation, les spectateurs de l’orchestre et du balcon se lèvent. Délicatement, Clairemarie Osta est poussée par son mari à l’avant de la scène. Des bravos, des mercis, la danseuse étoile est émue face à cet hommage, à ce public venu lui dire aurevoir. Il faut dire que par la qualité de ses interprétations dans ses rôles de soliste elle a toujours convaincu. Elle avait ce petit quelque chose qui faisait d’elle une grande interprète. Tout le petit monde de l’Opéra est sur scène, ses partenaires de scène viennent la saluer (Benjamin Pech, suivi de Mathieu Ganio), les autres Manon sont présentes, Laurent Hilaire… Les danseurs, le public tous applaudissent à tout rompre. 
Une belle et grande Etoile a fait ses adieux hier à la scène du Palais Garnier. La danseuse Etoile partira en tournée aux Etats-Unis avec la compagnie où elle interprètera l’Arlésienne et une dernière fois Giselle aux côtés de Nicolas LeRiche. Lors du cocktail qui suivait la représentation, la danseuse Etoile a reçu la Légion d’honneur. Il est toujours triste et émouvant de voir partir des danseurs, Clairemarie Osta avait une intelligence et une finesse dans sa danse et savait émouvoir, apporter ce petit « plus » à ces personnages. Pour le moment elle n’a pas fait de déclaration quant à ses projets sur sa retraite, directrice du département de la Danse du CNSM? L’avenir nous le dira…
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