Une deuxième représentation de L‘Histoire de Manon, une deuxième distribution et découverte in extremis du couple composé d’Isabelle Ciaravola et de Mathieu Ganio qui incarnaient une dernière fois hier soir  les amants Manon et Des Grieux, accompagnés de Yann Saïz (Lescaut), Nolwenn Daniel (La maîtresse de Lescaut) ainsi qu’Eric Monin (Monsieur de G.M) et Amélie Lamoureux (Madame). Une sublime et émouvante représentation.

Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio

Ce qui est amusant mais qui est tout aussi enrichissant à l’Opéra, c’est qu’on peut aller voir un ballet plusieurs fois mais, selon la distribution, on assistera de temps à autre à des spectacles qui pourront s’avérer totalement différents. Et c’est ainsi que les préférences varieront en fonction des spectateurs. C’est ce que j’apprécie à l’Opéra : le fait d’aller voir un ballet, plusieurs fois certes, mais voir ces différentes distributions. Après il y a les ballets coups de coeur (comme La Dame aux Camélias), mais ça c’est une autre histoire… ou des distributions coups de coeur : c’est le cas de la représentation de l’Histoire de Manon d’hier soir, mardi 8 mai, avec Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio. Il y a des soirées comme celles là qui vous font vivre de grandes émotions, de superbes soirées.
Isabelle Ciaravola incarnait Manon, Mathieu Ganio Des Grieux. Que dire de la Manon d’Isabelle Ciaravola? Elle est tout simplement magnifique. La danseuse Etoile, toujours attendue dans ce genre de rôle qui laisse place à l’interprétation, était particulièrement attendue dans CE rôle. La qualité d’interprète, un talent que possède indéniablement (et cette dernière n’a nul besoin de le démontrer tellement c’est une évidence) la danseuse Etoile. En Manon, Isabelle Ciaravola nous transporte, reste suspendue dans le temps au cours de ses variations. Son entrée en scène la montre espiègle, couvée par son frère mais déjà attentive à la gente masculine. Elle prend peu à peu conscience de sa beauté et son intérêt pour les bijoux et la luxure est lui aussi croissant. Isabelle Ciaravola sied bien dans chacune des tenues de Manon. Elle s’investit totalement dans le rôle, jouant avec ses mains, son regard (qui en dit toujours très long), les expressions de son visage. De la retenue dans ses variations, de la coquetterie,du romantisme, jusqu’au dénouement fatal.  Elle est totalement amoureuse de Des Grieux, son héroïne est romantique. Sa détresse et sa tristesse sont plus que perceptibles et cela se ressent jusqu’au quatrième étage de Garnier. Sa fragilité est saisissante au dernier acte lorsqu’elle débarque en Louisianne plus qu’affaiblie, son interprétation tire les larmes. Isabelle Ciaravola se révèle une fois de plus comme une grande interprète. Son personnage se déploie sur scène jusqu’à ce qu’on ne voit qu’elle mais à ses côtés, son partenaire, Mathieu Ganio, ne reste pas en reste.

Le danseur Etoile est connu pour sa danse noble, ses lignes pures, sa belle stature et son élégance mais une fois de plus, après Onéguine, il impressionne dans ce registre et notamment dans ce rôle de Des Grieux. Le danseur livre une interprétation touchante, lisible, traduisant les émois de cet héros romantique. Sur son visage se lisent ce sentiment amoureux qu’il éprouve à sa rencontre avec Manon, cette joie, ce sentiment de plénitude au cours de leurs tête à tête, la douleur quand Manon disparaît. Le danseur déploie une belle palette d’émotions, toujours en adéquation avec l’argument du ballet. Le danseur dévoile lui aussi de beaux talents d’interprète, il est superbe. Que dire de ses variations? Elles sont justes, maîtrisées, éxecutées avec aisance, avec une belle danse. Il danse grand. Il est juste et sincère dans ses émotions, se donnant comme sa partenaire à fond, et ses pas de deux avec Isabelle Ciaravola sont en parfaite symbiose.

Si le début du premier acte reste néanmoins long et chargé, tant il se passe de choses en scène, et tant il y a de personnages (avec selon mon accompagnateur pas moins de 54 danseurs en scène), les tableaux de pas de deux restent  les plus beaux du ballet et changent en quelques secondes totalement l’ambiance dans la salle. Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio sont d’une complicité extraordinaire. Un duo en totale symbiose. Leurs pas de deux font ressortir l’émotion qui anime les deux héros. Ils sont touchants, intriguants, émouvants. Le lien qui unit les deux personnages est fort. Les portés sont sublimes, fluides, sans accroc, tout paraît naturel. Une réelle complicité existe entre eux, avec des jeux de regards, un répondant qui donne encore plus d’ampleur à leurs personnages. Ils sont superbes, et leur dernier pas de deux tire les larmes des yeux.

Yann Saïz, Isabelle  Ciaravola, Mathieu Ganio et Nolwenn Daniel

D’autres danseurs animent le spectacle autour d’eux. C’est le cas de Yann Saïz, qui campait Lescaut, le frère de Manon. Yann Saïz est un danseur, d’une part que j’apprécie énormément par sa présence en scène évidente. Son jeu est intelligent, juste et son interprétation du personnage de Lescaut intéressante. Le danseur dispose d’une belle danse, une danse de qualité et donne de l’ampleur et du caractère à son personnage. Belle variation au premier acte, idem au second où le danseur s’amuse quand le personnage de Lescaut arrive complètement éméché. A la fois intéressé et protecteur, il n’hésite pas à pousser sa soeur dans le vice mais s’arrange pour la laisser repartir avec des Grieux. Une belle interprétation de Lescaut.
Nolwenn Daniel incarnait sa maîtresse. Si la danseuse peut un peu paraître rigide en scène par instants ou dans certains rôles, celui de la maîtresse lui va bien et la met en valeur. La danseuse est solide techniquement, prend plaisir à incarner ce personnage et prend plaisir à jouer de ses charmes afin d’étourdir Lescault (autant que les autres hommes d’ailleurs).
Parmi le corps de ballet, on repère Hugo Vigglioti le chef des brigands, sans oublier la belle Eleonore Guérineau, qui incarnait la prostituée travestie en petit garçon. On n’oublie pas les courtisanes composées hier soir d’Aurélia Bellet, Sabrina Malem, Marie-Solène Boulet et Myriam Kamionka qui sont très en forme et prêtent à sourire à de nombreux moments. On repère également la belle Marine Ganio dans le tableau de La Louisianne.
L’Histoire de Manon, c’est cette succession de tableaux, ces scènes de corps de ballets, où tout le monde est en scène et où les danseurs font revivre le vieux Paris, mais c’est surtout ces scènes de pas de deux, émouvantes et fortes qui donnent de la beauté à ce ballet.

S’il y avait une distribution que j’aurais pu aller voir plusieurs fois sans me lasser, c’est sans doute celle là. Le rôle de Manon, c’est en quelque sorte le rôle d’Isabelle Ciaravola, quant à Mathieu Ganio il n’y a aucun doute qu’il ne faudra pas le rater lors de ces prochaines apparitions dans le rôle de Des Grieux, il promet d’excellentes interprétations avec un jeu qui prend de plus en plus d’ampleur.

A noter qu’Isabelle Ciaravola dansera vendredi soir aux côtés de Florian Magnenet.
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