Après une semaine ensoleillée en Italie, retrouvailles avec la pluie et la capitale, mais surtout retrouvailles avec le ballet de l’Opéra de Paris qui en ce moment même se produit sur la scène de  Garnier avec l’Histoire de Manon, du chorégraphe anglais Sir MacMillan. Si le ballet est donné régulièrement à Londres avec le Royal Ballet (compagnie pour laquelle il a été crée), la dernière reprise à Paris datait de 2003. Jusqu’à présent, c’est en vidéo que j’avais pu voir ce ballet. Découverte hier soir du ballet de MacMillan avec dans les rôles principaux : Aurélie Dupont (Manon), Josua Hoffalt (Des Grieux), Jérémie Bélingard (Lescaut), Muriel Zusperreguy (la maîtresse de Lescaut), Aurélie Houette (Monsieur de G.M), Viviane Descoutures (Madame).

Aurélie Dupont et Josua Hoffalt

Que peut-on dire des ballets de Mac Millan? Un style néoclassique, une danse théâtralisée, une chorégraphie avec des portés difficiles, parfois acrobatiques, mais toujours en étroite relation avec l’argument. De MacMillan, j’ai eu l’opportunité de visualiser cette Histoire de Manon avec les créateurs du rôles, mais aussi Mayerling avec le Royal Ballet. MacMillan, c’est tout un style. L’oeuvre de MacMillan se distingue, par son style différent : la mise en scène, la chorégraphie, avec des pas plus ou moins délicats, des enchaînements, des rôles aux tempéraments forts, des scènes plus ou moins érotiques, … Chaque petit détail est recherché. Les décors plonge dans le Paris des années 1789, avec des costumes et des décors stylisés formant un ensemble éblouissant. L’investissement est de taille pour les rôles principaux, les portés des couples principaux sont complexes mais ont toujours une signification et un rapport étroit avec la trame de l’histoire. Les portés et la chorégraphie sont riches en émotion, parfois intenses, des moments forts, plongeant le spectateur au coeur de l’histoire. 
Pour incarner les rôles de Manon et de Des Grieux hier soir : Aurélie Dupont et Josua Hoffalt. Manon est au début du ballet une jeune fille de seize ans. C’est son frère, Lescaut, qui va l’entraîner dans les bras de Monsieur de G.M, un riche aristocrate qui développera par la suite son goût pour la luxure. Aurélie Dupont est au départ une Manon douce, sensible, qui sous le regard protecteur de son frère tombe sous le charme du jeune étudiant Des Grieux. Au fil du ballet et au fil des pas de deux, sa Manon reste tout de même distante du jeune Des Grieux, elle lui lance des sourires tout en restant très complice de son frère Lescaut. Amoureuse de Des Grieux, elle sera tout de même intriguée et attirée par le riche Monsieur de G.M qui lui promet de belles choses, mais surtout l’argent. Elle entraînera Des Grieux hors du droit chemin, le mêlant au jeu, au milieu des prostituées. La danseuse livre une interprétation où Manon semble éprouver beaucoup d’affection pour le jeune Des Grieux, de l’amour peut être mais en gardant toujours un peu de distance. Elle reste froide face à Monsieur de G.M mais se révèle plus clémente quand elle réalise ce qu’il peut lui apporter et la vie qu’elle pourrait mener à ses côtés. Elle semble enfouir au fond d’elle ses sentiments pour Des Grieux mais une nouvelle rencontre avec le jeune homme fauché la déstabilise. La technique est plus que maîtrisée, les pas bien enchaînés, la danseuse étoile incarne ce rôle aisance, elle se laisse aller dans les bras de ses partenaires en toute confiance et semble prendre beaucoup de plaisir en scène. 
Josua Hoffalt prend plus de temps à prendre possession de la scène. Il incarne bien ce jeune étudiant, plutôt réservé. Son Des Grieux reste effacé au départ face à la présence écrasante de Lescault, campé par un Jérémie Bélingard très en forme. Mais Josua Hoffalt donne au fil du ballet de plus en plus d’ampleur à son personnage, lui apportant une toute autre dimension. Son amour pour Manon et sa passion se révèlent progressivement et deviennent de plus en plus fort tout au long du ballet. Alors que sa première variation reste un peu timide, il se dévoile de plus en plus jusqu’à atteindre un niveau d’émotion intense dans le dernier acte où il arrive pour tirer Manon des mains du Géolier et par amour va finir par tuer ce dernier. Le danseur, en faisant évoluer son personnage, promettra par la suite un émouvant Des Grieux.

(c) Agathe Poupeney

Le duo formé par les deux danseurs est bien homogène. Les deux danseurs sont complices et communiquent au public la romance qui se crée entre leurs deux personnages. Les pas de deux sont tous réussis, malgré leurs difficultés et deviennent presque naturels. L’émotion monte crescendo, laissant visible la tragédie qui se met progressivement en place tout au long du ballet. Le dernier pas de deux, dans les marécages de la Louisianne reste le plus fort et le plus émouvant. Pourtant, malgré la beauté du ballet, il manque ce petit quelque chose pour transporter complètement, pour donner encore plus d’ampleur à cette tragédie.

(c) Laurent Philippe

Dans le rôle de Lescaut, le frère protecteur de Manon, on retrouvait Jérémie Bélingard. De l’audace, du panache, le danseur incarne un Lescaut sûr de lui, joueur et très protecteur envers sa soeur. Il la couve du regard tout en succombant aux charmes de sa maîtresse. Le danseur est en forme. Ses variations sont bien éxecutées, le danseur y apporte sa touche personnelle. Jérémie Bélingard prend beaucoup de plaisir à jouer le rôle de Lescaut et cela se ressent, notamment dans la scène du bal où il arrive éméché (ou plutôt complètement éméché dans son choix d’interprétation) et qu’il s’engage dans une variation qui entraînera les rires du public. Le danseur se livre à fond dans la variation entraînant sa partenaire, Muriel Zusperreguy. La danseuse incarne la maîtresse de Lescaut : elle est vive, entraînante et souriante, pimpante et s’amuse complètement. Son partenariat fonctionne bien avec Jérémie Bélingard. C’est avec un grand sourire qu’elle prend possession de la scène, un rôle qui lui va bien.

(c) Laurent Philippe
Monsieur de G.M est incarné par Aurélien Houette. Pas de caricature, on voit l’homme intéressé par Manon puis l’homme bafoué, ridiculisé au jeu qui finira par arrêter les deux amants souhaitant prendre la fuite. Vivianne Descoutures avec beaucoup de classe et d’élégance incarnait Madame.
Le corps de ballet est en accord pour cette série. Les filles, comme les garçons, sont très en forme : parmi les mendiants on reconnaît le terrible François Alu. Myriam Kamionka est mignonne et touchante déguisée en homme. Dans le dernier acte, dans le tableau de la louisiane, Marine Ganio et Eleonore Guérineau sortent du lot. 
Tout va vite dans ce ballet de MacMillan. La mise en scène intéressante et les décors et costumes, qui pourraient avoir un côté « kitch » sont tout sauf ridicules. Les tableaux se succèdent mais la trame de l’histoire reste plus que visible, les principaux personnages, le drame, cette tragédie, tout se met en place progressivement, le final est intense et il n’est pas surprenant de voir aux saluts des danseurs émus, ayant du mal à sortir de la peau de ces personnages si prenants.

Rendez-vous dès le 8 mai pour une prochaine représentation de cette Histoire de Manon.

A lire sur le même sujet