Du 3 au 7 avril, le Béjart Ballet Lausanne faisait escale à Paris. Cette compagnie, créée par Maurice Béjart, 25 ans plus tôt s’emparait de la scène du Palais des Congrès avec trois pièces, Dyonisos suite et Bolero de Béjart ainsi qu’Aria de Gil Roman. Vendredi 6 avril, danseurs et solistes étaient à l’unisson pour une représentation intense.
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De l’énergie, de la présence, de la verve, une passion commune… les danseurs du Béjart Ballet Lausanne savent transmettre émotions et leur amour pour la danse au public de la grande salle du Palais des Congrès. Malgré une salle immense et presque impersonnelle les danseurs savent prendre possession de l’espace et retenir l’attention de chaque spectateur. Pour fêter les 25 ans de la compagnie, trois pièces étaient au programme : Dyonisos suite, Aria et Bolero.

(c) DR (Dyonisos Suite)

  

La soirée s’ouvrait avec Dyonisos (suite), pièce de Maurice Béjart inédite jusqu’à présent à Paris. L’argument de cette pièce reste assez vague : « dans une taverne grecque de nos jours, un Grec raconte le mythe de Dyonisos… » Un argument succint pour une pièce captivante et complètement enivrante. Les tableaux s’avèrent intenses vibrants, faisant voyager le spectateur dans la grèce antique au fil du mythe du dieu grec. Les danses sont diversifiées, entraînantes et presque envoûtantes. Le style de Béjart est très reconnaissable, c’est fascinant de voir à quelle point la mise en scène de cette pièce est bien construite, que ce soit du point de vue de la musique ou de la chorégraphie. Béjart y mêle texte et danse.  Scènes de village et de danses traditionnelles alternent avec pas de deux, lunaires et esthétiques.  Les danseurs sont totalement investis dans leurs rôles, dynamiques dévoilant une belle technique. Ils ont chacun leur personnalité et s’emparent de l’espace qui les entoure chacun leur tour. Vivacité et virtuosité sont à l’honneur. Une belle découverte, le public est conquit. Mention spéciale à l’interprète du dieu grec, vif et impressionnant !

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Aria est la deuxième pièce présentée. Elle est chorégraphiée par Gil Roman, le successeur de Maurice Béjart à la tête du Béjart Ballet Lausanne. Cette fois-ci le spectateur est plongé au coeur du mythe du Minotaure, au coeur de l’affrontement entre la créature issue de la mythologie grecque et Thésée. Malgré un choix musical assez différent de la pièce précédente, avec des alternances de musique électroniques assez agressives et très saccadées par moments, et des mélodies au piano plus douces, la chorégraphie et le thème interpellent. On reconnaît bien la suite du travail de Béjart, que ce soit dans la mise en scène ou dans les mouvements, ou encore dans les postures des corps. Les pas de deux sont intenses, doux et très forts, encore une fois un simple mouvement prend une grande proportion. Les tableaux pertinents, révélant la confrontation entre le Minotaure et Thésée. Quelques longueurs par moments, mais des scènes qui interpellent, des pas de deux superbes et un final intense. Une fois encore les danseurs sont incroyables, montrant toute leur détermination sur cette pièce.
Le mythique Boléro clôturait cette soirée. Julien Favreau incarnait le danseur sur la table. Un Boléro intense, fort en émotions. Le danseur élancé, ondule docilement sur la musique de Ravel avec une technique sûre, des mouvements fluides et évocateurs. Les danseurs autour sont en pleine lumière, suivant le rythme des ondulations du danseur sur la table, cette tension qui caractérise le Boléro est présente. Malgré la grandeur de la salle, Julien Favreau intrigue, capte l’attention, du public et des danseurs assis autour de lui. Ces derniers se lèvent tour à tour, renforçant cette tension, cette attention. Les danseurs rejoignent peu à peu leur « leader » autour de la table et danse, la musique s’intensifie. Les pas s’accélèrent et Julien Favreau danse de plus en plus grand, entraînant encore plus de danseurs autour de lui. Les dernières notes, de plus en plus fortes, retentissent. La tension est à son comble. La musique s’arrête subitement, la lumière s’éteint et c’est une ovation qui est réservée à ces danseurs, tous aussi formidables par leur présence, mais surtout à Julien Favreau qui a su mener avec intensité ce Boléro.
Le Béjart Ballet Lausanne continue sa tournée des 25 ans en France. Vivement leur prochain passage sur les scènes parisiennes.
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