Retour sur la représentation de La Bayadère du 24 mars en matinée, qui réunissait la jeune Héloïse Bourdon dans le rôle de Nikiya aux côtés de Stéphane Bullion (Solor) et Ludmila Pagliero (Gamzatti). Une matinée qui permettait de découvrir François Alu dans le rôle de l’Idôle Dorée, mais aussi Valentine Colasante ainsi que Laurène Lévy dans les ombres au troisième acte.

L’argument de La Bayadère fait interagir trois protagonistes : Nikiya, Gamzatti et Solor, un triangle amoureux. Il y a des soirs où Solor repartirait bien avec Gamzatti, d’autres où ils manquent ce petit surplus d’émotion. Mais, il y a des représentations qui vous transportent, et vous émerveillent. Ce fût le cas de la représentation d’hier après-midi, une représentation attendue, puisqu’elle voyait Héloïse Bourdon, sujet dans la hiérarchie du corps de ballet de l’Opéra de Paris, interprétait pour la première fois le rôle de Nikiya. Retour au fil des actes sur cette représentation. 

Salle un peu plus bruyante que d’habitude en cette matinée, le début du ballet ne change guère : le Fakir est toujours là, interprété par un Hugo Vigliotti très en forme et plein d’énergie. Suivent ensuite l’entrée de Solor, les bayadères, bien appliquées autour du feu sacré, les quelques minutes avant l’entrée de la Nikiya du jour en scène sont presque longues. Mais dès son entrée en scène, à peine le voile soulevé, Héloïse Bourdon montre une présence, et une forte assurance. Nikiya est là. La variation, la pantomime qui suivent ne font qu’épater le public, elle n’a que vingt ans mais elle en veut. Les pas de deux confirment ces premières impressions : sa Nikiya reste sensible, amoureuse, lyrique. Héloïse montre un très beau travail de bras, s’assimilant parfaitement à la posture et la silhouette de la danseuse sacrée. Elle vit au travers de son personnage et donne vie à Nikiya, éclipsant presque son partenaire, le danseur Etoile Stéphane Bullion, au cours du pas de deux du premier acte. Un très beau moment. Même si Nikiya et Solor filent le parfait amour, Gamzatti n’est jamais trop loin. Ludmila Pagliero effectuait hier après-midi sa première apparition en tant qu’Etoile dans le rôle de Gamzatti. Une première apparition avec une pantomime bien menée et maîtrisée par la danseuse, qui s’impose dans son rôle au cours de ce premier acte. Retour de Nikiya dans le pas de deux de l’esclave, Héloïse Bourdon impressionne par sa grâce et sa sensibilité (ainsi que sa maîtrise technique). La scène de la confrontation est intense et Héloïse ne se laisse pas déstabiliser par sa rivale et lui tient tête. Un premier acte très convaincant, et une Héloïse Bourdon surprenante et impressionnante!

Le deuxième acte, acte des fiançailles de Gamzatti et de Solor, est toujours autant rythmé par les divertissements. Sur la distribution du jour, c’est bien entendu la prestation de François Alu qui est attendu. Pour ceux qui par hasard l’auraient oublié, François Alu n’est autre que le jeune homme qui a bluffé toute l’assistance lors du concours de promotion en novembre dernier, et qui est à l’heure actuelle Coryphée. Pour cette série de Bayadère 2012, le rôle de l’Idole Dorée lui a été confié. Le jeune danseur est presque méconnaissable avec sa peinture dorée, il impressionne techniquement avec une idole dorée presque irréprochable. Des bravos, largement mérités, lui sont adressés. Aubane Philbert est, quant à elle, une charmante Manou, souriante et amusante. La danse indienne est toujours aussi énergique et dynamisante avec une Sabrina Mallem et un Fabien Révillion en totale osmose. S’en suit le grand pas d’action. Un grand pas d’action un peu « triste » avec des solistes plus effacés. Une entrée avec quelques erreurs de placement (où Solor et Gamzatti ont manqué de se percuter), des petites imprécisions techniques : le début de la variation de Solor est moins précis et Ludmila Pagliero termine sa variation de justesse. Retour de Nikiya en scène pour la variation du serpent : plus un bruit dans le public, le temps est comme suspendu,  la salle est scotchée. Des cambrés, des retirés en arabesque, de l’émotion… Héloïse Bourdon est tout simplement sublime au cours de cette variation, plus que touchante. Son interprétation donnerait presque des frissons. C’est un grand « bravo » qui l’attend à la fin de cette variation. 
Après ces deux actes et cette prestation plus qu’épatante, le troisième acte est très attendu. L’entrée de Solor en scène montre un Stéphane Bullion déjà plus en forme. La descente des ombres arrive, toujours émouvante, quelques ombres vacillent mais la beauté du tableau reste intacte. Parmi les trois ombres cet après-midi : Sabrina Mallem, Valentine Colasante et Laurène Lévy. Sabrina Mallem semble un peu tendue tandis que Valentine Colasante et Laurène Lévy semblent à leur aise. Une Laurène Lévy à qui la troisième variation convient très bien et qui semble prendre beaucoup de plaisir à la danser. Retour de Nikiya et Solor : ce sont des pas de deux touchants et émouvants qu’offrent au public les deux danseurs. C’est très pur, esquissé avec beaucoup de sensibilité et c’est précis. Les danseurs plongent le public au coeur de ces ombres. Héloîse Bourdon est magnifique dans son costume de Nikiya, continuant à élever le niveau de cette représentation. Tout est maîtrisé, malgré un petit souci « technique » lors du pas de deux du voile. Mais ce voile réticent qui s’enroule au mauvais moment ne déstabilisera pas la danseuse, qui incarnera sa Nikiya jusqu’au bout, sans briser aucunement la magie de ce troisième acte. Les derniers moments sont sublimes et d’une grande beauté. 

Au final, c’est une ovation qui est réservée aux danseurs, mais surtout à Héloïse Bourdon, qui à vingt ans a endossé avec succès le rôle de la danseuse sacrée. Un bouquet lui sera adressée. Héloïse Bourdon le mérite amplement, elle a donné une tout autre dimension au personnage de Nikiya, vivant cette représentation « à fond ». Elle est impressionnante, voire « bluffante » et montre un talent indéniable. Une Nikiya sans faute qu’on souhaite un jour voir dans d’autres grands rôles du répertoire. A peine le rideau baissé, des cris surgissaient derrière le rideau, une autre ovation mais par les danseurs de la compagnie cette fois-ci. 

Le temps de prendre un verre à Bastille, en me dirigeant vers le métro, j’aperçois la danseuse qui sort. Un petit arrêt pour la féliciter et la remercier pour cette représentation. Une danseuse qui n’a peut-être que le grade de sujet, mais qui, hier après-midi, avait tout d’une Etoile.

Une superbe représentation pour clôturer ma série de Bayadère 2012. D’autres danseurs entrent en scène cette semaine dont Myriam Ould Braham qui fera ses premiers pas dans le rôle de Nikiya. Et la semaine prochaine, c’est Zakharova qui sera sur la scène de Bastille.

A LIRE : D’autres comptes rendus de la représentation du 24 sur Blog A petits pas, mais aussi sur les différents blogs de la liste « Blogs Favoris ».

A lire sur le même sujet