Retour sur la représentation de La Bayadère du samedi 10 mars qui réunissait, parmi les rôles principaux, Emilie Cozette (Nikiya), Karl Paquette (Solor) et Dorothée Gilbert (Gamzatti), mais encore Sébastien Bertaud (Le Fakir), Florimond Lorieux (L’idôle dorée), ainsi que Sara Kora Dayanova, Mathilde Froustey et Marie-Solène Boulet dans les trois ombres.

Dorothée Gilbert, Karl Paquette, Emilie Cozette.

La Bayadère reste pour un moi un ballet assez particulier puisque c’est le premier ballet que j’ai vu sur la scène de l’Opéra Bastille… en 1998. De la représentation, il ne me reste presque aucun souvenir, même de l’éléphant, uniquement une image reste gravée : celle de l’instant où je me suis retrouvée en coulisses (grâce à mon habile cousin), entre les deuxième et troisième acte, au milieu des ombres de La Bayadère entrain de réajuster leurs chaussons et s’apprêtant à entrer en scène. Je n’avais alors que dix ans. Je n’ai revu cette Bayadère qu’en 2010 pour son retour à l’Opéra Garnier. Faute de programme perdu, je n’ai d’ailleurs jamais su qui j’avais vu danser ce soir-là.

Cette année, La Bayadère est reprise à Bastille. Il faut bien avouer que le décor trouve plus sa place sur cette vaste scène et prend toute son ampleur. Cette représentation marquait la prise de rôle d’Emilie Cozette dans le rôle de Nikiya. Une entrée en matière convaincante et loin d’être déméritante mais restant un peu timide dans le rôle de la danseuse sacrée. Malgré une entrée en scène qui aurait pu être plus solaire, le personnage de Nikiya restant tout de même une danseuse sacrée du temple indien, Emilie Cozette dévoile sa Nikiya. Une arrivée un peu tendue, mais la première variation est réussie. Le premier pas de deux fut sans accroc, les conseils de Laurent Hilaire lors de la dernière rencontre revenaient en mémoire et montraient que la danseuse s’était appliquée et investie dans la peau de son personnage, jouant sur l’interprétation et les émotions. Le pas de deux de l’esclave semblait quant à lui un peu raide. Il manquait un peu plus de lyrisme au cours de ce premier acte pour retrouver totalement le personnage de Nikiya. Emilie Cozette ne s’est pas laissé déstabiliser dans la scène de la confrontation où elle se retrouve face à l’intransigeante Gamzatti. Variation la plus lyrique du ballet, la variation du serpent, aboutissant à la mort de Nikiya, est un moment attendu. Même si l’on attendait un cambré plus prononcé (sans partir dans un numéro de contorsion pour autant), des poses plus affirmées, plus « Nikiya » pour résumer, la danseuse s’est bien sortie de cette variation accentuant sur les jeux de regards, bien affirmés entre les trois protagonistes, dévoilant l’insistance et la détresse de Nikiya. L’acte III aura été certainement l’un des plus maîtrisé et réussi par la danseuse, sur un plan technique comme sur le plan de l’émotion. Si ce n’est qu’un souci de projecteur, au cours du pas de deux du voile, l’a quand même déstabilisé (alors que les pirouettes étaient passées sans problème), elle et son partenaire, pour la fin de sa représentation, ce qui a un peu ôté la magie à cette fin de représentation.

Emilie Cozette et Karl Paquette
Aux côtés d’Emilie Cozette, on retrouvait Karl Paquette dans le rôle de Solor. Karl Paquette montrait déjà un Solor convaincant aux côtés de Clairemarie Osta en 2010, cette année encore son Solor reste solide et le danseur semble lui aussi bien ancré dans la peau de son personnage. Dès le premier acte, Karl Paquette met en avant ses qualités de partenaire au cours du pas de deux, la mettant en confiance : il reste attentif, concentré, sans oublier qu’il incarne un guerrier. Sa danse reste très virile et incisive. Son interprétation reste tout de même peu nuancée. La variation du deuxième acte est bien enlevée, et assez propre. Le troisième acte était également bien maîtrisé. Lui aussi ne semble pas avoir été épargné par ce problème technique de projecteur, manquant de se décrocher, qui semble quelque peu l’avoir déconcentré. La dernière variation s’est quand même déroulée (sans trop chipoter sur les doubles assemblés). 
Laura Hecquet s’étant blessée, Dorothée Gilbert revêtait le tutu de Gamzatti pour cette représentation,  apportant un équilibre à ce triangle amoureux et donnant du peps à cette représentation. Que dire de la Gamzatti de Dorothée? Elle est grandiose, offrant une belle composition du rôle de Gamzatti. Plus étoffée, plus mature, Dorothée Gilbert, déjà magnifique en 2010, s’impose de plus en plus dans le rôle de la fille du Radjah. Niveau interprétation, elle montre les facettes et le caractère bien trempé de son personnage. Jalouse de la liaison entre Solor, qu’elle couve du regard, et Nikiya, elle est intransigeante dans la scène de la confrontation. Côté technique, c’est un régal! Elle est flamboyante dans le grand pas d’action, maîtrisant sa variation qu’elle réussit avec brio et avec une facilité presque déconcertante. Le final est sublime : ses fouettés parfaits, réguliers, révélant un beau travail de pointes. Elle est impériale et sa Gamzatti si colorée que ce n’est pas surprenant qu’une ovation lui soit réservée à la fin de la représentation.

Dorothée Gilbert
La Bayadère ne serait rien sans les seconds rôles. Dans le rôle du Fakir, on retrouvait un Sébastien Bertaud en forme, bien investi dans son personnage, se donnant dans la danse des Hindous. Le second acte, ou autrement dit le mariage de Solor et de Gamzatti, est rythmé par les différents divertissements : Florimond Lorieux est convaincant en Idole Dorée et semble plus à son aise qu’en 2010 en s’en sortant bien sur le plan technique. Charline Giezendanner est une tendre et amusante Manou, aux côtés de deux petits rats charmants. Quant à Caroline Bance et Fabien Révillion, ils se déchaînent sur les rythmes endiablés de la danse indienne. Le pas d’action est quant à lui moins homogène, s’en détachent Mathilde Froustey ou encore Eléonore Guérineau dans les tutus violets, mais également Sabrina Mallem dans les « tutus verts » (ou grandes salades). Parmi les trois ombres, Mathilde Froustey, dans la variation de la deuxième ombre, est nettement au dessus du lot, avec une piquante variation.
Mention spéciale au corps de ballet, solide et en place, soutenant ses solistes. Mais surtout, Mention spéciale aux ombres, une descente encore plus mise en valeur sous les éclairages de Bastille, un instant fragile, émouvant et presque frissonnant.

Au final, une belle Bayadère dominée par une excellente Dorothée Gilbert en Gamzatti, face à une Nikiya encore un peu fade, mais qui ne démérite pas pour autant. Un corps de ballet très en forme. En attendant de découvrir de nouvelles distributions, on se penchera sur la nouvelle saison, annoncée « officiellement » dès demain, lundi 12 mars.

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