A l’occasion de la reprise du ballet au mois de mars prochain, une répétition publique de La Bayadère avait lieu dans le cadre des rencontres hier après-midi. Au programme : le pas de deux du premier acte avec les Etoiles Emilie Cozette et Karl Paquette, sous la houlette du maître de ballet Laurent Hilaire, et sous l’accompagnement musical de la chef de chant Elena Bonnay.

Laurent Hilaire est le premier à entrer en scène et à présenter cette rencontre autour de « Bayadère« . Il débute cette rencontre par un bref historique du ballet : 1877 création au Grand Théâtre de Saint-Pétersbourg,  1961 découverte du 3ème acte (dit acte des Ombres) par le public parisien lors de la tournée du Kirov (une année qui fût l’année de la découverte d’un certain Rudolf Noureev par ce même public). 1974, suite à l’invitation de Lieberman, ce même Rudolf Noureev vient monter le 3ème acte du ballet à l’Opéra de Paris. C’est en 1992 que le chorégraphe livrera le ballet dans son intégrale, son ultime ballet pour l’Opéra de Paris.

Créateur du rôle de Solor en 1992 (aux côtés d’Isabelle Guérin, Nikiya, et d’Elisabeth Platel, Gamzatti), Laurent Hilaire se dit toucher de près par ce ballet. La Bayadère est un ballet important dans sa carrière. Après avoir dansé Solor, Laurent Hilaire transmet maintenant son rôle aux autres danseurs : Rudolf Noureev lui a appris la chorégraphie, le jeu d’acteur, c’est maintenant à lui d’en transmettre les clés. Pour incarner Solor et Nikiya cet après-midi, les danseurs Etoiles Emilie Cozette et Karl Paquette ont répondu à l’appel. Le travail des pas, des portés, du début du pas de deux jusqu’à la fin est abordé. Laurent Hilaire est très présent, il analyse, décortique, se met en situation, joue le rôle de Solor, voire de Nikiya si besoin. « On travaille avec sérieux, mais aussi avec humour. » Laurent Hilaire donne ce qu’il appelle des « propositions » aux danseurs. Il est là pour transmettre, donner les intentions du moindre geste et sa signification, mais il prend soin de laisser aux danseurs une certaine liberté d’expression. Rudolf Noureev lui a enseigné la chorégraphie, l’interprétation. Il sait donner aux danseurs la signification de chaque pas, de chaque geste pour rester dans la justesse du personnage, et traduire les sentiments des personnages.
A peine arrivés en scène, il est temps de se mettre au travail. Le répétiteur de cette rencontre annonce que la répétition sera centrée sur le pas de deux du premier acte de la Bayadère. Pour recréer l’ambiance du temple indien, le tutu de la danseuse est placé en guise de feu sacré. Le contexte : Solor a arrangé avec le Fakir un rendez-vous avec Nikiya seuls à seuls, la danseuse du temple le cherche, la musique commence et il tape des mains elle se jette dans ses bras. Laurent Hilaire fait travailler les danseurs pas à pas, le pas de deux dans son ensemble, mais petit bout par petit bout. Le premier réglage concerne le saut que fait Nikiya avant de se jeter dans les bras de Solor. Emilie Cozette semble hésitante et se trompe de pied d’appel. « il faut que tu te jettes sur lui, il s’effacera après ». Les pas sont répétés jusqu’à ce que ce soit fluide. Laurent Hilaire est présent, corrigeant, soulignant les détails importants : « Allonge Emilie, allonge ». Une arabesque prend alors plus d’ampleur et le mouvement devient très beau. Les danseurs connaissent la chorégraphie, ils travaillent surtout l’interprétation et son côté théâtral, tout en restant bien en mesure « Nikiya se sent belle en présence de Solor », « Karl tu dois l’attraper comme ça ». Les portés sont aussi au coeur de cette répétition : le porté planche impressionne. Laurent Hilaire est présent pour réceptionner les danseurs au cas où mais rassure Emilie Cozette « Karl n’est pas le plus mauvais des partenaires ». Laurent Hilaire sait animer la répétition, rendre le mouvement juste, expliquer le choix du chorégraphe, son intention. Il anime cette répétition de façon théâtrale, se place tour à tour en Solor ou Nikiya. Les corrections sont visibles sur le travail des danseurs, qui débutent seulement les répétitions.

La répétition se poursuit avec Karl Paquette et la variation du 3ème acte, après que Solor ait fumé de l’opium et espère l’arrivée de Nikiya. Le danseur n’avait vu cette variation qu’une fois juste à présent, mais il semble déjà bien au point. Pour l’occasion, Emilie Cozette a revêtu son tutu, « pour l’inspirer » comme dit Laurent Hilaire. Le danseur marque les pas en prenant garde au sol de l’amphithéâtre, trop dur. Laurent Hilaire, presque à contre-coeur, arrête la répétition : il est déjà 17h10. 

Une rencontre qui s’est avérée enrichissante, où le public pouvait réellement suivre le travail des danseurs. La présence d’Emilie Cozette sur les pré-distributions dans le rôle de Nikiya avait pu étonner et laisser sceptique au départ, mais cette répétition montre que la danseuse peut très bien se mettre dans la peu de ce personnage. Pourquoi ne pas voir Emilie Cozette en Nikiya? Le ballet sera à l’affiche dès le 7 mars prochain, un écriteau « La Bayadère, toutes dates complètes » a d’ores et déjà été placardé à la billetterie de Bastille.
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