L’an dernier, Karl Paquette réunissait un groupe de danseurs et présentait quelques grands pas de deux du répertoire à Saint-Maur. Hier après-midi, le danseur Etoile s’entourait d’un groupe de danseurs, remanié pour l’occasion, et présentait un nouveau gala intitulé « Grands pas classiques et les chorégraphies du XXème siècle » au Théâtre des Hauts de Seine de Puteaux, en banlieue parisienne (92).

Le groupe de Karl Paquette
(De gauche à droite :Léonore Baulac, Sébastien Bertaud, Laura Bachman, Yvon Demol, Caroline Robert,Karl Paquette, Laure Muret, Daniel Stockes, Sae Eun Park, Hugo Marchand)
Le mois de janvier est souvent un mois réputé « creux » pour les spectateurs de l’Opéra de Paris, mise à part la compagnie invitée, il n’y a pas de ballet(s) à l’affiche avant fin janvier/début février. Il faut alors trouver de quoi s’occuper! Cependant, pour les danseurs l’activité n’est pas aussi réduite : de nombreux petits groupes composés d’une dizaine de danseurs se baladent en Ile-de-France et partout ailleurs, dans le but de présenter des pas de deux du répertoire mais aussi de mettre en avant des danseurs du corps de ballet dans des grands rôles. C’est ainsi que ce weekend il y avait plusieurs galas, mais c’est à celui de Karl Paquette que j’ai assisté.

Pour l’occasion, des jeunes danseurs entrés fraîchement dans la compagnie s’essayaient à l’exercice : Laura Bachman et Hugo Marchand (engagés en juillet dernier dans la compagnie), mais aussi Sae Eun Park, actuellement surnuméraire dans le corps de ballet. Parmi les autres danseurs : Yvon Demol, Léonore Baulac, Sébastien Bertaud, Laure Muret, Daniel Stockes, Caroline Robert et bien entendu l’organisateur de cette représentation : Karl Paquette. Au programme, comme l’annonce si bien le titre de la représentation, des pas de deux extraits du répertoire classique avec La Belle au Bois Dormant, les pas de deux des actes II (cygne blanc) et III (cygne noir) du Lac des Cygnes, un soupçon de Giselle etc., le tout avec une touche de contemporain.
Laura Bachman et Yvon Demol sont les premiers à entrer en scène pour s’illustrer dans le pas de deux du IIIème acte de La Belle au Bois dormant (Un pas de deux qu’on aimerait bien revoir sur la scène de Bastille avec l’intégralité du ballet, soit dit en passant…). Un pas de deux délicat que les deux danseurs ont su affronter sans flancher. Malgré quelques fragilités techniques, le pas de deux est bien mené. Laura Bachman montre beaucoup d’assurance, et de l’aisance dans sa variation. La jeune fille dévoile une certaine personnalité, elle est souriante et n’a pas peur d’affronter le public auquel elle compte se donner. Yvon Demol a des allures de prince dans son costume et semble être un partenaire solide et sûr de lui. Les deux danseurs reviendront par la suite dans le pas de deux de La Sylphide (Acte II) : Yvon interprète un beau James, quant à sa partenaire elle reste vive, espiègle, toujours souriante et aérienne (mais il lui manquerait ce zeste de fragilité qui rendrait son personnage encore plus onirique, et elle encore plus éthérée).

Le deuxième couple à entrer en scène est composé de Léonore Baulac et Sébastien Bertaud. Les notes de la musique du pas de deux du deuxième acte du lac des Cygnes résonnent, et c’est Sébastien Bertaud, incarnant Siegfried qui entre en scène. Léonore Baulac, son Odette, le rejoint rapidement. Les deux danseurs ont su transcrire l’émotion de ce pas de deux, préservant sa pureté. Sébastien Bertaud est un beau prince, sous le charme d’Odette, et sait mettre en avant sa partenaire. Léonore Baulac se révèle être une Odette sauvage, parfois violente dans ses ports de bras, et qui se force pour résister à l’amour du prince. Un beau moment. Mais, c’est surtout au cours de leur deuxième apparition que les deux danseurs se sont illustrés, et qu’ils ont encore plus enthousiasmé la salle. Changement de registre, les deux danseurs reviennent en scène avec Fugitif, la pièce que Sébastien Bertaud avait présenté lors de la soirée Jeunes Danseurs en janvier 2011. Les deux danseurs sont à l’aise et excellents, la pièce leur va comme un gant et Léonore Baulac se dévoile encore plus en scène. Sébastien Bertaud est tout aussi à l’aise et leur partenariat fonctionne à merveille. C’est dément! La mise en scène et la chorégraphie mettent en avant le talent de Sébastien Bertaud en tant que chorégraphe. Un excellent choix.

Le troisième partenariat à entrer en scène était certainement le plus extraordinaire de l’après-midi : il était composé d’Hugo Marchand et d’une certaine Sae Eun Park, qui n’est autre que la médaillée d’or de Varna et du concours de Lausanne… Dans certains contes pour enfants, on peut lire « Mais qui est-elle? D’où vient-elle? ». Voilà ce que le public pouvait se dire hier après-midi lorsque cette jeune danseuse bourrée de talent et d’énergie est entrée en scène. Le jeune couple n’avait pas la tâche facile : deux apparitions, deux pas de deux, mais pas les plus évidents. À leur programme, Le Corsaire (pas de deux de l’acte I) et le célèbre pas de deux du cygne noir, tiré du grand Lac des Cygnes. Deux pas de deux pour deux ambiances différentes. Dans Le Corsaire, Hugo Marchand est envoûtant et elle, dès son entrée en scène, balaye tout sur son passage. Elle surprend pas son aisance technique, sa maîtrise, sa grâce. Elle prend possession de la scène, montre qu’elle est l’héroïne : elle a le talent d’une soliste. Deux pas de deux, mais surtout deux séries de fouettés (sans faute, et avec des doubles!) que la jeune danseuse relève avec brio. Son partenaire, malgré l’éclat de la jeune danseuse, n’est pas fade pour autant. Il l’a soutient, la transporte, la met en avant et sait montrer son aisance et sa maîtrise dans les variations, ainsi que son talent d’interprète. Il sait répondre à sa partenaire. Ils sont extraordinaires dans Le Corsaire, mais savent aussi assurer le changement de ton dans le pas de deux du cygne noir et Sae Eun Park montre un talent d’interprète indéniable devant un prince subjugué par sa beauté (et il y avait de quoi!)  Un jeune couple très prometteur!  Affaire à suivre…
Entre ces pas de deux classique, Karl Paquette et Laure Muret transportaient le public dans une ambiance plus poétique, au coeur d’Adagietto de Mahler. Dans leurs académiques bleus et dans une douce pénombre, les deux danseurs laissaient place au langage poétique du corps. Un exercice délicat, difficile, demandant un grande maîtrise de son corps. Les deux danseurs réussissent à transporter le spectateur dans cet univers. Les deux danseurs vont bien ensemble. L’organisateur du gala change le ton et plonge le spectateur dans une autre ambiance, loin des prouesses techniques de certains pas de deux.
Place ensuite au romantique pas de deux de l’acte I de Roméo et Juliette, dit le pas de deux du balcon avec Caroline Robert et Daniel Stockes. Si Daniel Stockes est un Roméo élégant, doux et romantique, Caroline Robert reste une Juliette, bien techniquement mais un peu trop « minaudée ». Daniel Stockes montre une belle danse, de belles qualités techniques,jusqu’à présent pas toujours mises en valeur chez le danseur! Il reviendra pour une deuxième apparition aux côtés de Laure Muret dans Giselle. L’adage de Giselle est un des moment les plus romantiques du ballet classique, et des célèbres actes blancs. Cette émotion, Laure Muret et Daniel Stockes ont su la retranscrire et la transmettre au public. Il manquait un soupçon de légèreté à Laure Muret pour rendre sa Giselle moins terrienne mais au contraire plus vaporeuse, mais la danseuse maîtrise le rôle. Daniel Stockes montre de belles qualités en tant que partenaire et une certaine solidité.
Pour terminer ce gala en beauté, place au flamboyant pas de deux de l’acte III de Don Quichotte. Pour ponctuer le gala, c’est Karl Paquette qui incarnait Basilio, il avait pour Kitri Caroline Robert. Le pas de deux final de Don Quichotte est un pas de deux idéal pour clôturer les galas, il en met plein la vue! Karl paquette est un conquérant lorsqu’il entre en scène et il faut avouer que le style hispanique, il le porte bien! Propre dans ses variations, propre techniquement, précis et avec autorité il met en scène un explosant Basilio. Sa Kitri, a elle aussi de la personnalité et se donne en scène, peut être lui manque-t-il un peu plus de spontanéité et de naturel. Caroline Robert montre une bonne entente avec le danseur Etoile, et les deux danseurs assurent leur pas de deux avec brio.
À l’issue du gala, les danseurs seront très applaudis. Karl Paquette a réussi à s’entourer d’un groupe  révélant des personnalités intéressantes. De belles découvertes pour ce dimanche après-midi, avec notamment Sae Eun Park, une jeune danseuse prometteuse et pleine de talent ! Elle est surnuméraire à l’heure actuelle, mais promet une belle carrière. Espérons que tout marchera pour elle.

P.S: Les photos arriveront dans quelques jours…

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