Après une représentation de Cendrillon la veille, détour à l’Opéra Garnier dès le lendemain pour Oneguine et une nouvelle distribution, avec cette fois-ci Clairemarie Osta (Tatiana)  et Benjamin Pech (Oneguine) dans les rôles principaux, accompagnés de Mathilde Froustey (Olga) et de Fabien Révillon (Lenski). Une distribution à première vue intéressante : Clairemarie Osta avait laissé un bon souvenir en Tatiana, quant à Benjamin Pech, il se prêtait bien au personnage d’Oneguine.

Onéguine, 20 décembre 2011

Que dire de cette représentation? Il y a deux ans et demi, Clairemarie Osta était déjà une somptueuse Tatiana (aux côtés de Manuel Legris), cette année la danseuse Etoile est à nouveau magnifique. Clairemarie Osta a la faculté d’être une danseuse posée, clairevoyante,  et sait rester juste dans son interprétation. Sa Tatiana est au début du ballet une jeune fille posée, sereine, sage et mesurée, plus intéressée par ses bouquins que par les frivolités et les robes comme sa soeur Olga. L’évolution de son personnage est tout à fait naturelle, la jeune fille tombera sous le charme de cet être mystérieux, puis sera meutrie et blessée lorsqu’elle sera rejetée. Elle deviendra cette femme posée, quelque peu épanouie  avec le prince Grémine. Elle incarne cette femme raisonnée qui malgré la tentation, la peur de céder, l’émotion ne basculera pas dans le vice et rejètera tant bien que mal, avec une immense douleur, le malheureux Onéguine. Clairemarie Osta est émouvante, crédible, on ressent sa douleur lorsqu’elle renvoie, presque à contre-coeur avec douleur et passion, Onéguine à genoux devant elle. 
Clairemarie Osta et Benjamin Pech

Dès l’apparition des distributions, Benjamin Pech dans le rôle d’Onéguine intriguait. Il avait voulu interpréter le rôle, cela allait être chose faite cette année. A première vue, le danseur se prête bien au tempérament du personnage, et dès son entrée en scène hier le danseur semble à son aise : Benjamin Pech possède cette attitude de dandy, de cet homme obscur, hautain et froid, mais surtout intriguant. Benjamin Pech fait tenir à son personnage ce rôle dur jusqu’à ce qu’il craque après le duel et qu’il éprouve ses premiers remords. Au troisième acte, c’est un homme vieilli, complètement perdu qui entre en scène, sa confrontation avec Tatiana dix ans après le le chamboule complètement. Son entrée en scène dans le boudoir de Tatiana montre un Onéguine désespéré, presque larmoyant, insistant. Son jeu au premier acte pourrait encore plus s’affiner, pour se fondre encore plus naturellement dans la peau de ce curieux personnage qu’est Onéguine. Benjamin Pech a à nouveau démontré l’étendue de son talent dans ce ballet, à la fois du côté de l’interprétation, mais aussi de l’éxecution des variations où il paraissait à l’aise.
Le partenariat entre les deux danseurs était particulièrement réussi. Ces derniers allaient vraiment bien ensemble. Les pas de deux spectaculaires, techniques étaient mis en avant, montrant la difficulté du travail à réaliser auparavant. Un petite fébrilité (petit déséquilibre) s’est glissée dans le premier pas de deux, mais n’a pour autant rien enlevé à l’émotion (voire plutôt la renforcer). Le dernier pas de deux, certainement l’instant le plus émouvant (et le plus attendu) du ballet était superbe : l’émotion allait crescendo, l’intensite également, tenant le public en haleine. 
Mathilde Froustey et Josua Hoffalt

Mathilde Froustey et Fabien Révillon incarnaient respectivement les rôles d’Olga et de Lenski. Mathilde Froustey, qui avait déjà danser le rôle il y a trois ans, campe une Olga joyeuse, festive et s’amuse en scène. Son Olga est joueuse et au second acte, elle s’amuse lorsqu’Onéguine l’invite à danseur à faire enrager Lenski. Elle réalise qu’elle a été trop loin quand ce dernier provoque Onéguine en duel. Techniquement, la danseuse a beaucoup d’assurance. Fabien Révillon, qui aborde pour la première fois ce rôle, était un Lenski un peu en retrait par rapport à sa partenaire (et en dessous de Josua Hoffalt dans le même rôle), mais il a tout de même au fur-et-à-mesure du ballet su s’affirmer de plus en plus en scène. Quelques petits soucis techniques ont quelque peu enrayé sa variation lors du deuxième acte, mais le danseur promet de belles soirées dans des rôles de soliste. Le prince Grémine était incarné par Christophe Duquenne : il donne à ce prince son côté noble, et une fois encore le pas de deux entre Tatiana et Grémine fût un délice. Le corps de ballet a une fois encore montré tout son dynamisme au cours du premier acte, avec une fois de plus une diagonale de grands jetés plus qu’applaudie! Les ensembles étaient toujours aussi magnifiques dans le dernier acte au cours du bal. 
Onéguine est décidément un ballet dont on ne peut se lasser, on se surprend à fredonner le lendemain l’air du dernier pas de deux. La distribution réunissant Clairemarie Osta et Benjamin Pech est à découvrir.
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