Première représentation d’Onéguine vendredi soir. Après une longue série de péripéties : blessure de Nicolas Le Riche au cours d’une représentation de Cendrillon, finalement remplacé par Evan McKie (ballet de Stuttgart) aux côtés d’Aurélie Dupont, un danseur invité allait-il fouler les planches de Garnier pour la première? C’est en fin de compte Aurélie Dupont et le danseur du ballet de Stuttgart qui en ont eu la tâche d’assurer cette représentation, n’entraînant aucun changement de distributions.
Une première qui replongeait le spectateur dans le ballet de Cranko et l’histoire de Tatiana et du dandy Onéguine, avec une émotion et une intensité qui sont montés crescendo tout au long de cette représentation.
(c) Agathe Poupeney
Aurélie Dupont est une Tatiana, timorée, songeuse et rêveuse au départ, une jeune fille presque « trop » sage. Evan McKie est quant à lui, dès son entrée en scène un Onéguine imposant, ténébreux, froid. Distant de Tatiana, son jeu est crédible et les deux danseurs sont bien assortis. Le pas de deux de la chambre était réussi, mais le côté technique du pas de deux ressortait un peu, avec un porté flambeau un soupçon délicat. L’abandon de la part de la danseuse à son partenaire manquait à ce pas de deux. Ce permier acte fût marqué par la fraîcheur et la spontanéité apportés par les inteprètes d’Olga et de Lenski, les danseurs Myriam Ould Braham et Josua Hoffalt. Le duo brillait. Myriam Ould Braham est une Olga espiègle, joueuse, à l’opposé de sa soeur. Josua Hoffalt est plutôt convaincant dans le rôle de Lenski, que ce soit dans les variations ou l’interprétation. Le personnage lui va bien ! Les deux forment un joli couple. Le corps de ballet a également fait une belle prestation au cours de ce premier acte, et la diagonale de gands jetés fut généreusement applaudie.
(c) Laurent Philippe
Le second acte est rythmé par le bal, la rencontre avec le prince Grémine (qui intéresse peu Tatiana), mais surtout rythmé par cette lettre de Tatiana, destinée à Onéguine, que le dandy déchire dans les mains de la jeune fille, brisant toutes ses illusions. Evan McKie montre dans cet acte une nouvelle facette de son personnage, complètement distant de Tatiana, mais malgré l’insistance de la jeune fille pour lui plaire, il s’agace et s’énerve. Ce second acte voit également le rapprochement entre Olga et Onéguine, Olga s’amuse à rendre Jaloux Lenski. Myriam Ould Braham minaude et Josua Hoffalt interprète cet agacement ressenti par Lenski. Onéguine semble prendre un malin plaisir lui aussi à danser avec la jeune et insouciante Olga. Malgré Tatiana, interprétée en jeune fille douce et posée par Aurélie Dupont, qui tente d’apaiser les tensions, Lenski ira jusq’à provoquer Onéguine en duel. Le solo de Lenski est bine interprété par Josua Hoffalt, et émouvant quand les deux soeurs arrive pour l’empêcher d’y aller. Myriam ould Braham est déchirante quand Lenski tombe à terre sous la balle d’Onéguine. La dernière scène, quand le rideau se baisse sur Onéguine, homme dur et froid, qui s’effondre peu à peu sous le regard accusateur de Tatiana. Malgré sa grande fierté cet homme a quand même un coeur.
(c) Agathe Poupeney
L’ouverture du rideau au début du troisième acte a entraîné les applaudissements du public devant les costumes des danseurs apprétés pour le bal de Tatiana et du prince Grémine. Cet acte se déroule dix ans après, et Tatiana a épousé le prince Grémine. Le tableau du bal est magnifique. Le pas de deux entre Tatiana et le prince Grémine, ce soir Karl Paquette, est magnifique. c’est sans aucun doute l’un des pas de deux le plus réussi du ballet : Karl Paquette est impérial en Grémine, il a de l’allure et du style et c’est avec douceur qu’il porte et qu’il entraîne sa partenaire. Le dernier tableau du ballet, le plus déchirant et le plus émouvant du ballet, prend de plus en plus d’intensité. Aurélie Dupont et Evan McKie se laissent de plus en plus aller, faisant oublier les difficultés techniques, et se laissent presque totalement portés par l’émotion. Il manquait à nouveau ce soupçon d’abandon, mais l’émotion était présente. Evan McKie est déchirant lorsqu’il entre dans le boudoir de Tatiana, son personnage a considérablement évolué, il est très émouvant et on sent l’effort que doit faire Tatiana, et cette douleur pour le repousser.
Au final, une agréable surprise quant à la découverte du danseur Evan Mckie, avec une belle interprétation d’Onéguine. Un réel plaisir de revoir ce ballet, presque deux ans et demi après son entrée au répertoire : un ballet riche en émotion et intense pour le spectateur! Belle prestation des interprètes d’Olga et de Lenski ! Une distribution à découvrir (et d’autres qui attendent d’être vues avec une grande impatience…)!
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