Hier soir, samedi 22 octobre avait lieu la première d’un ballet attendu, qui faisait déjà beaucoup parlé de  lui: La Source du danseur Étoile Jean-Guillaume Bart. Quinze jours auparavant, dans le cadre des rencontres à l’amphithéâtre Bastille, le danseur Etoile et chorégraphe, nous présentait un extrait de ce ballet. Pour assurer la première, c’est une distribution de choix qui a fait renaître la Source. Une création bien accueillie (et même ovationnée) par l’ensemble du Palais Garnier.

V. Chaillet, I. Ciaravola, K. Paquette, L.Pagliero

Pour cette première, le public avait le droit à une distribution de choix avec certes des Etoiles en scène, mais surtout de grands interprètes! Dans les rôles principaux: Ludmila Pagliero (Naïla, l’esprit de la Source), Karl Paquette (Djemil), Isabelle Ciaravola (Nouredda), Vincent Chaillet (Mozdock), Mathias Heymann (Zaël), Nolwenn Daniel (Dadjé), Christophe Duquenne (le Khan).
Ludmila Pagliero incarnait Naïla, cet être féérique et immatériel, qui n’est autre que l’esprit de la source. La première danseuse avait une lourde tâche hier : créer et marquer de son empreinte un rôle pour une création mondiale, un ballet attendu. Et la danseuse n’a pas failli à sa tâche. Douce, fragile, gracieuse, délicate, légère…elle se prête à cet être irréel. Sa danse est poétique, juste et belle. Il ne lui manquait juste que ce petit quelque chose, cette spontanéité, ce manque de contrôle qui caractérise le personnage « femme-enfant » de Naïla, qui n’est et qui ne reste qu’une enfant aux yeux du chasseur Djemil. Hormis ce petit détail, Ludmila Pagliero était superbe et à assurer la représentation avec brio et une grande maîtrise du rôle! 

Nouredda était interprété par la belle Isabelle Ciaravola. Si les variations du premier acte m’ont laissé un peu sur ma fin (la danseuse est totalement restreinte dans ses mouvements, mais elle est encore à ce moment sous les ordres de son frère Mozdock qui lui interdit de découvrir son visage au moindre inconnu), celles du deuxième acte m’ont plus séduite. La danseuse est magnifique dans ce dernier acte, et son personnage prend plus de couleurs, notamment face aà un Khan totalement sous le charme. Les costumes de Nouredda sont par ailleurs resplendissants. Le deuxième acte, contrairement au premier, voit l’évolution de Nouredda, d’abord séduisante face au Khan, puis humiliée par l’intervention de Naïla qui lui prend sa place. Cet acte est plus théâtral pour la danseuse, jusqu’à ce qu’elle croise le regard de Djémil, et qu’elle dans un beau pas de deux avec lui.

L. Pagliero et K. Paquette
Si les Naïla et Nouredda étaient resplendissantes hier soir, mention spéciale également aux garçons qui ont assuré sur cette représentation! Le chasseur Djémil était campé par Karl Paquette. Un Karl Paquette en bonne forme, à qui le rôle du chasseur va plutôt bien. Il est attendrissant lors de sa rencontre avec Naïla, et complètement sous le charme de Nouredda. Le personnage de Djemil n’a pas une grande évolution au cours du ballet. C’est le fil conducteur de l’action : il entraîne la source jusqu’à Nouredda, mais sa quête conduira au sacrifice de la jeune Naïla. Son personnage reste malgré tout discret face aux répondants des personnalités incarnant Mozdock et l’elfe Zaël.
 Dans le rôle de Mozdock, Vincent Chaillet était tout simplement extraordinaire, que ce soit sur le plan chorégraphique ou sur le plan théâtral!! Le premier danseur campe un Mozdock sûr de lui, intransigeant, menant ses hommes avec autorité, un homme brut, qui ne changera pas ses projets et qui fera tout pour mener sa soeur dans les bras du Khan. Il a du piquant, il a du style, il est dynamique et il mérite grandement les bravos du public qui lui sont réservés lors des saluts. La vivacité et la précision de ses pas donnent encore plus d’effet à sa danse terrienne. Un rôle qui lui va à merveille!
Autre performance de la soirée, l’interprétation de l’elfe Zaël par Mathias Heymann. Furibond et espiègle à souhait, le danseur étoile bondissait sur scène, s’amusait, mettant en évidence la légèreté (et un peu l’insousciance) de Zaël, et le tout avec virtuosité. Le public pouvait avoir l’impression d’avoir un être surnaturel sous ses yeux. Il était cet être féérique, totalement imaginaire. Chacune de ses apparitions entraînait des « bravos ». Un tonnerre d’applaudissements (plus que mérité!) lui a été réservé lors des saluts. Ses passages redynamisaient la salle, attiraient le regard du public. Le danseur semblait prendre beaucoup de plaisir en scène, et s’est bien approprié le style de J-G Bart.

Dans les rôles « secondaires », Nolwenn Daniel incarnait Dadjé, la favorite du Khan, la première danseuse montrait bien le tempérament de son personnage: jalouse de l’arrivée d’autres femmes dans le palais de son Khan, et surtout de l’arrivée de Nouredda. Elle est caractérielle (et semble avoir un sale caractère!) et mène la danse pour rester la favorite. Christophe Duquenne campait le fameux Khan, ce prédateur, à la recherche de plaisirs féminins, et le costume lui allait plutôt bien! 
Côté corps de ballet, ce sont scènes où intervenaient caucasiens et odalisques, qui m’ont le plus interpellé, avec une mention spéciale pour les garçons. Les quatre elfes accompagnant Zaël étaient également extraordinaire. Les scènes des nymphes me paraissaient plus longues (un peu trop planantes)
Du côté de la scénographie et des costumes, c’est une réussite! Les cotumes sont bien entendus somptueux, soyeux (et si luxueux). Les costumes des solistes (notamment de Nouredda et Naïla) sont superbes, mais ceux des caucasiennes et odalisques sont également magnifiques, avec ce souci du détail. Le décor, épuré et fin, peut surprendre au départ, mais l’idée est plutôt intéressante et évite de tomber dans le côté « Kitsch » du ballet. La chorégraphie est bien menée: avec les costumes plus terriens pour les hommes, et aériens pour les êtres immatériels. Le contraste entre les variations de Naïla et de Nouredda est flagrant. La musique (Minkus et Delibes) est également en adéquation avec les deux univers. Certaines scènes au premier acte semblent plus longues,  tandis que le second, plus dynamique et plus riche en action, plonge le public dans un tout autre décor.
Au final, une agréable surprise et un ballet magnifique! Quelques longueurs persistent, mais dans l’ensemble cette création est une réussite! Le chorégraphe a réussi à moderniser et adapter le livret et le ballet sans trop plonger dans un côté Kitsch. Cette distribution sera filmée et retransmise en direct dans les salles de cinéma le 4 novembre. En attendant, trois semaines de représentations vont suivre, l’occasion de découvrir d’autres distributions et d’autres danseurs et danseuses dans les rôles titres. Un ballet qui n’a pas fini de faire couler de l’encre…
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