Rentrée à l’Opéra hier soir avec le dyptique Phèdre/ Psyché qui composait la première soirée de l’année: la soirée Lifar/Ratmansky. Au programme, deux mythes grecs revisités: une tragédie et une création sur un mythe moins connu. D’un côté, une reine déterminée et une tragédie, de l’autre, un dieu qui s’éprend  de la belle Psyché et de la poésie! Sceptique au début, mais finalement convaincue! Résumé d’une soirée qui fait parler d’elle et qui divisent les « habitués ».
Phèdre (saluts)
Ambiance tumultueuse, houleuse, Phèdre plonge le spectateur dans l’univers trouble des mythes antiques avec décors, costumes et une chorégraphie scrupuleusement travaillée à l’appui. Dans Phèdre, c’est Agnès Letestu qui règne en reine: une actrice, qui s’impose, juste dans le ton… C’est une tragédienne, et ce rôle semble taillé pour elle. À la fois mystérieuse, manipulatrice, elle sait faire varier les émotions, jusqu’au drame final. À ses côtés, le reste de la distribution semble plus fade. En revanche, Sabrina Mallem est très convaincante en Oenone, s’investit énormément et sait montrer sa présence en scène et faire vivre son personnage aux côtés d’Agnès Letestu. Josua Hoffalt, tout vêtu de vert, est un Hippolyte aérien, élément déclencheur de la tragédie, il n’a pas l’air trop mal à l’aise dans le style. Mathilde Froustey campe Aricie, celle qui trouble Hippolyte et qui par la même occasion devient la rivale de Phèdre, mais cette petite apparition en scène ne laisse entrevoir une quelconque maîtrise du rôle, ni le temps de rpendre pleinement possession de la scène. Vincent Chaillet, avec son costume aux allures de Ken, reste un Thésée plus effacé, en demi-teinte à côté de la danseuse étoile aux allures de reine. 
Avec à la fois, un côté un peu vieillot et un moderne, Phèdre s’assimile à du théâtre dansé. La musique est assortie au drame qui se déroule et est chargée en émotions. La pièce reste à la fois simple et complexe, avec un argument relativement condensé (et il n’est pas inutile de jeter un coup d’oeil dans ses classiques pour se remettre en tête la tragédie auparavant), une mise en scène toutefois intéressante et bien calculée: de la mise en scène de l’action, jusqu’aux couleurs des costumes, le moindre détail n’est pas laissé au hasard. Une pièce certainement à voir plusieurs fois afin d’en capter toutes les subtilités. Un très bel exercice pour Agnès Letestu, qui s’en tire vraiment à merveille (et qui fût très applaudie aux saluts!)
Mathieu Ganio et Dorothée Gilbert
Psyché
Ambiance plus douce et plus poétique dans Psyché, après Phèdre, place à l’univers imagé de Psyché où le spectateur est plongé dans un tout autre univers, onirique et poétique où la musique est plus apaisante et reposante. Au départ, les ensembles semblent intéressants mais cet intérêt pour la chorégraphie s’essouffle assez vite. Ce qui ravive cet intérêt et plonge dans l’histoire de Psyché, c’est l’entrée en scène du couple principal composé de Dorothée Gilbert et de Mathieu Ganio, deux danseurs qui donnent le ton (et sauvent) cette création. Ils nous content une histoire et nous la font vivre. Dorothée Gilbert est superbe, touchante, et s’accorde à merveille avec son partenaire, très en forme, et qui outre le costume, compose un bel Eros, amusé au départ à tirer ses  flèches, puis romantique quand il tombe sous le charme de Psyché. Certes, les costumes imagés et colorés avec des « zèbres en mode punk » surprennent, interloquent et font quand même sourire, mais les deux Étoiles arrivent à faire passer le spectateur outre ce détail et à donner du style à la création. Au final, on est transporté et les 50 minutes passent vite. Avec ces couleurs vives et toutes ces formes, on se croirait presque dans un conte pour enfant. Alice Renavand incarne une belle Vénus: à la fois autoritaire et douce, et qui finit par réunir finalement Psyché et Éros. Une création qui pêche un peu côté chorégraphie mais qui a le mérité d’être dansé par deux grands danseurs, qui se donnent et qui transmettent des émotions et de la poésie au public, et le transportent. 
Au final, une soirée critiquée, où les avis divergent mais qui mérite à être vue. Phèdre est un ballet, qui n’avait pas été donné depuis longtemps et qui mérite le détour! Quant à Psychée, les interprètes des rôles principaux semblent y être pour beaucoup dans la réussite et dans l’appréciation du ballet. 
Une soirée qui malgré toutes les critques (bonnes ou mauvaises) vaut le détour!
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