Entrée au répertoire de Rain, de la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker. Pièce emblématique de la chorégraphe belge, qui marque une première collaboration avec l’Opéra de Paris.
« J’y vais ou j’y vais pas? » Telle était la question… Devant tant de doutes, ce sont finalement les distributions qui ont accélérées la prise de décision, mais aussi tous ces avis mitigés, très controversés entre critiques et retours de spectateurs, et tout simplement la curiosité et l’envie de découvrir l’univers de cette chorégraphe qui m’ont guidé jusqu’aux marches du Palais Garnier. 


Deux distributions étaient en alternance, deux distributions aussi intéressantes l’une que l’autre: avec des danseurs et danseuses, encore peu entrevus dans le registre contemporain, d’autres plus confirmés, mais aussi des danseurs jeunes encore peu mis en avant en scène. 
Vendredi dernier, la première distribution réunissait en scène:

Ludmila Pagliero
Muriel Zusperreguy
Vincent Chaillet
Aurélia Bellet
Valentine Colasante
Miteki Kudo
Nicolas Paul
Daniel Stokes
Amélie Lamoureux
Léonore Baulac

Beaucoup d’interrogations avant de voir cette pièce: pourquoi ces lignes géométriques sur la scène? Comment les danseurs allaient-ils se mouvoir sur scène? Beaucoup de questions, mais après avoir vu ce ballet, il reste encore des réponses à saisir…

La pièce débute à rideau ouvert avec pour décor ces barres métalliques, disposées en arc de cercle, qui tombent du ciel et ces chaises translucides où viennent se poser les danseurs entre deux enchaînements en guise d’accessoire. La musique commence, elle est prenante, presque enivrante, voire étourdissante. Le groupe de dix danseurs entre en scène, en rang, d’un pas dynamique, bien assuré. Puis, en suivant le rythme de la musique, ils se mettent à courir le long de l’arc de cercle. Tout va alors s’enchaîner… Les danseurs évoluent dans une géométrie complexe, la chorégraphie est très stylisée: redondante par moments, surprenante à d’autres instants.
Les danseurs dansent en petits groupes, parfois en solo. Tout semble bien coordonné, bien enchaîné, comme s’il y avait un ordre prédéfini. Première danseuse en solo, Miteki Kudo. Elle a une grâce, une façon de se mouvoir d’esquisser les mouvements tout à fait extraordinaire. Les autres danseurs la suivent du regard ou dansent. Certains mouvement sont redondants, les danseurs se croisent, se rejoignent, entrent en contact… puis d’un seul coup, comme s’ils étaient contrôlés par quelque chose qui les attiraient, ils se séparent et se retrouvent à nouveau. Ils se retrouvent par petits groupes le long du cercle. Une belle complicité entre les danseurs émane de la scène : ils se sourient, se lancent des regards, communiquent. Ils prennent beaucoup de plaisir à danser cette oeuvre, et cela se sent. Vincent Chaillet, Nicolas Paul (très investit dans le ballet) et Daniel Stokes forment un trio très dynamique. Valentine Colasante semble s’épanouir complètement et communique sa joie de vivre, elle est très entraînante, joviale, et paraît très à l’aise. Ludmila Pagliero (et sa superbe robe) semble aussi avoir bien pris ses marques et maîtrise le style de la pièce. Découverte dans le registre contemporain, Léonore Baulac, jusqu’à présent vue dans le classique, était mise en lumière dans cette pièce. La danseuse apparaît plusieurs fois dans le ballet, que ce soit en solo ou en petits groupes. Le porté où Vincent Chaillet la tient à bout de bras, alors qu’elle est en cambré, est d’une grande beauté. La chorégraphie change, alternant avec des mouvements au contact du sol. Les rapports dans ce groupe de danseurs évoluent tout au long de la pièce. Les couleurs changent également: de couleurs pâles, on passe à des tons acidulés plutôt rose fushia. Les couleurs des projecteurs varient avec les costumes des danseurs. Le final avec ce projecteur qui se déplace tout au long de l’arc des barres métalliques (finalement peu utilisé par les danseurs tout au lonf du ballet) marque la fin de la pièce, les danseurs s’en vont par la suite, la dernière passant sa main
Cependant les une heure et dix minutes de spectacle sont un peu longues par instant (et notamment dans le dernier quart d’heure). À certains instants la chorégraphie perd un peu le spectateur (trop complexe ou trop sophistiqué ?) Une pièce qui dégage tout de même une certaine poésie, avec de beaux moments, une très bel accompagnement musical mais il manque tout de même un petit quelque chose pour que l’émotion prenne totalement…

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