De la fougue, du flamboyant, du caractère… le Don Quichotte du Bolchoï est un véritable festival de prouesses techniques et de divertissements servis par des danseurs d’exception. Dans les rôles principaux hier soir: Maria Alexandrova et Alexandr Volchkov. Il y a des soirées dont on ne pourrait se lasser, qui vous transportent, qui font vous font vibrer et ce fût le cas pour le Don Quichotte d’hier soir! Retour sur cette représentation (d’exception).

Maria Alexandrova (Kitri) et Alexandr Volchkov (Basilio)
(c)Une saison à l’Opéra

Depuis le 5 mai dernier, les russes ont investi la capitale avec à l’affiche deux programmes: Flammes de Paris et Don Quichotte. Dans leurs bagages, les russes nous ont amené quelques « phénomènes » de la danse  avec notamment le couple d’enfer Ossipova/Vassiliev, qui tenaient la vedette dans les deux programmes. Mais également, ses grandes danseuses telles que Maria Alexandrova, ou encore Nina Kaptsova. Pas de place pour le ballet révolutionnaire Flammes de Paris, mais une place unique pour le Don Quichotte (merci les abonnements !). Pas de choix pour la distribution, ce seront Maria Alexandrova, une des grandes danseuses de cette compagnie, et Alexandr Volchkov qui conteront les amours tourmentés de Kitri et Basilio.
 Le Don Quichotte du Bolchoï s’inspire de la version de Marius Petipa, remaniée ensuite par Gorski. La version présentée actuellement a été réglée par Alexeï Fadeyechev. Trois actes, trois ambiances, mais toujours un point commun : le côté démonstration technique, et parfois un peu « cirque » du ballet qui finit avec des spectateurs en standing ovation.
Le premier acte de ce Don Quichotte est haut en couleurs. Le spectateur est totalement plongé dans l’ambiance hispanique avec ce florilège de couleurs, aussi bien au niveau des costumes que des décors. Une danseuse au tempérament de feu, Maria Alexandrova surplombe cet acte. Bondissante,  avec ses talents de comédienne, elle donne à sa Kitri toute sa consistance et tout son (sacré) caractère. Sa variation des castagnettes, dansée avec brio, tient le spectateur en haleine. Une grande artiste ! Elle est à l’aise dans ce rôle, qui lui sied à merveille ! L’Etoile russe est accompagnée par Alexandr Volchkov, le danseur a du répondant face à son énergique partenaire. Il donne lui aussi de la couleur à son personnage, virevoltant, réussissant ses pirouettes et variations avec virtuosité. Les pas de deux de ce premier acte sont superbes (juste le dernier porté à une main est passé tout juste, mais bon à ce niveau là ce n’est qu’un détail).  Les deux amies de Kitri sont également exceptionnelles, et pleines d’énergie. Coup de cœur pour Andreï Merkuriev, interprète du toréador Espada (ou le beau blond à la cape) qui a reçu une belle ovation et a montré un dynamisme hors du commun dans cette variation où il a l’art de faire virevolter sa cape (ce passage pourrait sembler ridicule au premier abord mais, dans l’ambiance de cet acte elle passe plutôt bien). Quant à la danseuse des rues, incarnée par Anna Leonova, elle est très sensuelle, possède une forte présence en scène, et sait mener Espada par le bout du nez. Le corps de ballet est très investi dans cet acte et reste présent, supportant ses solistes. L’arrivée de Don Quichotte et de son fidèle Gamache fait toujours sourire (quelle que soit la version présentée), avec ses interventions  comiques. Il en est de même pour le Lorenzo, promis de Kitri, qui est ridicule au possible. La troupe russe sait manier le registre comique, et le divertissement. Avec ses tempos accélérés, ces enchaînements entre les variations, ce premier acte ne laisse pas de répit au spectateur, qui ne relâche pas son attention. (Cela en deviendrait presque épuisant!)
Le deuxième acte est un peu déroutant, notamment du point de vue de la narration. En effet, dans la version russe, la première scène du deuxième acte se déroule dans la taverne, lorsque Kitri et Basilio qui se sont enfuis se retrouvent pris au piège par le père de Kitri, bien décidé à marier sa fille à Lorenzo. (Cette scène se déroule au début du troisième acte dans la version Noureev) Le suspens autour de « Kitri et Basilio arriveront-ils à se marier ? » prend fin rapidement. Soit dit en passant, belle prestation de la fausse mort de Basilio bien orchestrée par Alexandr Volchkov. Mention spéciale également aux danseuses espagnoles et à leurs cambrés à en camper le souffle ! La suite de l’acte se concentre sur Don Quichotte, sur sa rencontre avec les gitans jusqu’à sa mésaventure avec les moulins à vent (célèbre chapitre de l’œuvre de Cervantes) qui le rendra inconscient et le mènera au jardin des Dryades. Un jardin des Dryades, un peu décevant côté couleur et costumes, fades (couleurs pastels) et peu féérique. La reine des Dryades, Ekaterina Shipulina, m’a moins emballé: trop concentrée sur sa variation… La variation de Cupidon par Anastasia Stashkevich était musicale, mais manquait d’un soupçon de piquant. Ce deuxième acte m’a moins transporté.
Le troisième acte s’articule autour des noces de Kitri et Basilio. Le pas de deux du grand pas était somptueux, les costumes superbes. Équilibres et beaux développés étaient au rendez-vous. Le tout se terminant par un porté poisson acclamé par le public de Garnier. Les variations superbement réussies, montraient tout le brio et toute l’énergie de ces deux danseurs, avec cette façon qu’a Alexandr Volchkov de faire tourner et presque virevolter sa partenaire. Maria Alexandrova a gratifié le public d’une superbe série de fouettés dans cette coda, qui comme le veut la tradition dans le ballet Don Quichotte, entraîne les clameurs de la foule, voire le délire dans la salle. La musique s’arrête pour laisser cours aux applaudissements pour ensuite reprendre avec Basilio. La première variation du grand pas, dansée par Anna Tikhomirova était impeccablement maîtrisée techniquement. La danseuse fût très applaudie. Ce troisième acte s’est achevé avec les acclamations et une standing ovation du public. Face à ce succès, Maria Alexandrova paraissait très humble, et reconnaissante envers le public parisien.
Ce Don Quichotte est un ballet avec des variations typiquement conçues pour faire le « show » (ralentissement des timbales dans l’orchestre pour les portés à une main au cours du premier acte), le pas de deux du mariage et la coda du troisième acte en sont un parfait exemple. Une soirée, qui fait voyager dans l’univers russe et qui a connu un vrai succès. Malgré les lumières du lustre qui se rallumaient petit à petit, les applaudissement ne cessaient guère. Bravo à tous ces artistes!

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