Dernière matinée avec Roméo et Juliette, l’occasion de découvrir en scène dans les rôles de Juliette et de Roméo, Myriam Ould Braham et Christophe Duquenne. Deux danseurs qui auront su faire vibrer le public de Bastille tout au long de cette matinée. Une matinée qui permettait également de découvrir les jeunes danseurs, très prometteurs dans les seconds rôles qui ont montré toute l’étendue de leur talent.

Myriam Ould-Braham et Christophe Duquenne
(c) une passionnée
Ils étaient remplaçants sur les pré-distributions, mais auraient-ils droit à une représentation ou non? Telle était la question… La bonne nouvelle est arrivée à quelques jours des ouvertures des réservations au guichet: Myriam Ould Braham aurait droit à sa Juliette, et Christophe Duquenne à son Roméo. La salle était d’ailleurs comble hier la pour les deux danseurs, qui ont relevé le défi avec brio.

Myriam Ould Braham est une Juliette un peu timide, enfantine et malicieuse lorsqu’elle s’amuse avec ses copines, très fraîche et pleine de gaité. Les variations sont esquissées avec beaucoup de grâce et bien maîtrisées techniquement. Gamine et un peu garçon manqué, tout d’abord amusée par les compliments de Pâris, elle sera troublée suite à son altercation avec ce jeune homme tout vêtu de rouge, qui n’est autre que son Roméo. Au fur-et-à mesure, de la pièce elle va devenir femme et devenir le centre du drame, qui se met en place peu à peu. La danseuse parvient à s’affirmer dans les scènes dites de tragédie. Myriam Ould Braham n’est certes pas encore une grande tragédienne, telles que des danseuses comme Isabelle Ciaravola, mais elle parvient à affirmer son jeu, cohérent, et transmet au public cette douleur qui submerge son personnage. On espère qu’elle aura l’occasion de redanser ce rôle au cours de futures séries, car son jeu pourrait prendre de plus en plus de poids en scène. Sa Juliette fût captivante et crédible, même si la fin tragique reste un peu timide, la danseuse parvient à passionner son public et à le tenir en haleine jusqu’au drame final.
Christophe Duquenne, quant à lui,  incarne un Roméo, fou amoureux: l’amoureux transi par excellence. D’abord, obnubilé par Rosaline ( Laura Hecquet),  il tombe ensuite fou amoureux de Juliette: passionné et romantique, il ne se défera plus de cet amour. Rêveur, lorsqu’il est assis sur la place du village perdu dans ses pensées, attendant des nouvelles de sa bien-aimée. Il affichera ensuite un sourire béat au retour de son mariage secret avec Juliette. Le danseur s’est énormément investi dans son personnage, et a su livré un Roméo sensible et crédible, et montre toutes les caractéristiques du personnage. Peu intéressé par un combat à l’épée lorsqu’il se retrouvera face à Tybalt qui ne cesse de le provoquer, déchiré par la mort de son ami Mercutio tué sous ses yeux par le terrible cousin de Juliette. Il sera désespéré lorsque Benvolio lui apporte la mauvaise nouvelle. Par amour, il se tuera, ne pouvant vivre sans Juliette, la croyant morte. Christophe Duquenne se livre dans ce rôle, son jeu est entier et il entraîne le spectateur dans la tragédie.
Les deux danseurs formaient ensemble un couple très homogène. Les pas de deux étaient vraiment réussis, intenses et émouvants. Ils plongeaient le spectateur dans cette frénésie amoureuse qui emporte les deux amants, et cette tragédie qui se met en place tout au long du ballet. Le pas de deux du balcon reste l’un de mes pas de deux favoris de cette matinée. Le dernier pas de deux était particulièrement réussi, Christophe Duquenne portant une Juliette, inanimée sous l’effet du poison, les bras de Myriam Ould Braham tombant comme si ce dernier tenait une poupée de chiffon dans ses bras. Le pas de deux qui symbolise la seule nuit que Roméo et Juliette passent ensemble était également très beau.
Marc Moreau, Christophe Duquenne, Myriam Ould-Braham, Yann Saïz
(c) une passionnée

Cette distribution était d’autant plus intéressante du côté des seconds rôles. En effet, au cours de ces distributions, non seulement, la direction donne l’opportunité aux danseurs « remplaçants » d’incarner les rôles titres, mais c’est aussi l’occasion pour des danseurs du corps de ballet d’être distribués dans les seconds rôles (seconds rôles certes, mais qui ont une place primordiale dans des ballets tels que Roméo et Juliette). Dans le rôle de Mercutio, Marc Moreau était brillant: comique et avec une belle maîtrise des difficultés techniques, le danseur, bourré de talent, s’est montré très drôle et très à l’aise dans le rôle. Son agonie était réussie, et ses variations étaient superbes! Une belle ovation lui était réservée aux saluts. Yann Saïz incarnait un Tybalt ferme, protecteur, son jeu avait encore été travaillé et a évolué depuis quinze jours, faisant d’autant plus ressortir le caractère du personnage. Sa prestation était également extraordinaire, et cet artiste a reçu lui aussi de multiples applaudissements. Yannick Bittencourt interprétait Benvolio, un Benvolio qui a su se mettre en valeur au premier acte. Une complicité avec le personnage de Mercutio ressortait, donnant à Benvolio un côté moins fade et plus amusant. Ce danseur sait se mettre en avant sur scène. On retrouvait Julien Meyzindi dans le rôle de Pâris, le danseur campe un Pâris noble, avec une danse propre et qui fait tout pour obtenir la main de Juliette. Laura Hecquet incarne une Rosaline moins froide que la dernière fois où je l’ai vue, assez complice du Roméo de Christophe Duquenne, jouant et s’amusant avec la naïveté de ce dernier. Un petit mot pour Ghyslaine Reichert, qui incarne la nourrice protectrice et confidente de Juliette depuis le début de la série et qui chaque fois montre de vrais talents de comédienne et fait bien rire le public, notamment au second acte avec Mercutio et Benvolio.

Julien Meyzindi, Yannick Bittencourt,

Marc Moreau, Christophe Duquenne, Myriam Ould-Braham, Yann Saïz
(c) une passionnée

Du côté du corps de ballet, de nouvelles têtes apparaissaient dans les amies de Juliette, apportant une nouvelle note de fraicheur au ballet. C’est ainsi qu’au côté des Eléonore Guérineau, Aubane Philbert… on retrouvait entre autre des jeunes danseuses telles que Léonore Baulac, ou Marion Barbeau. Des danseuses qui montrent de belles qualités et une belle danse, elles emblent prendre de plus en plus de poids sur scène. Les acrobates n’ont pas encore démérité au cours de cette matinée, menés par des Sébastien Bertaud et Pierre-Arthur Raveau très en forme, offrant au public un véritable show. Les Mathilde Froustey et Héloïse Bourdon tiennent la vedette au sein de la suite de Pâris. Les scènes où Montaigus et Capulets se tiraillent et se chamaillent ne perdent pas non plus de leur dynamisme, et même si finalement on finit par les connaître par coeur, on ne s’en lasse pas tellement.

Pas de fausse note pour cette belle représentation, à la fois émouvante et homogène qui permettait de conclure cette belle série de Roméo et Juliette en beauté. Ce ballet de Noureev est réellement un chef d’oeuvre, d’une part par sa chorégraphie, sa mise en scène (très proche de celle du cinéma) et cette musique de Prokofiev, si enivrante et envoûtante, mais avant tout magnifique.

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