À l’heure où toute la planète s’agite autour du mariage princier, les amants de Vérone mènent toujours la danse du côté de Bastille. Roméo et Juliette est décidément un ballet dont on ne se lasse pas. Après une petite virée au bord de la mer, sous le soleil bleu de Bretagne, nouveau petit détour du côté de l’Opéra Bastille pour une autre distribution. Une distribution « déjà vue », quinze jours auparavant, mais avec des seconds rôles encore jamais vus sur scène.

Roméo et Juliette
(c) une passionnée

C’est ainsi qu’hier soir Laetitia Pujol et Mathieu Ganio ont endossé une nouvelle (et dernière) fois pour cette série,  les costumes de Roméo et Juliette. Malgré la fatigue qui s’accumule au fil des représentations, les deux danseurs ont réservé à nouveau au public parisien une très belle représentation. Laetitia Pujol s’investit dans son personnage, quelques fausses notes d’interprétation au premier acte: expressions un peu trop marqués, parfois gênantes, mais une technique fulgurante. Il n’y a pas de faux pas. Ses deux derniers actes sont cependant bien menés, et la tension va monter jusqu’au drame final. Laetitia Pujol transporte le public en plein coeur de la tragédie. Mathieu Ganio est toujours aussi superbe et à l’aise dans le personnage de Roméo, à la fois dans les scènes de village avec les Montaigus mais aussi au cours des scènes dans l’enceinte de la demeure des Capulets. Les scènes regroupant les deux Étoiles et les pas de deux sont superbes, et les pas de deux semblaient de plus en plus fluides et plus riches en émotion que la dernière fois. La complicité entre les deux danseurs est plus qu’évidente, et cela se ressent en scène.
Laetitia Pujol et Mathieu Ganio
(c) Laurent Philippe
Dans le rôle de Mercutio, Mathias Heymann a affiné son jeu, il y a une nette progession. Il fait de plus en plus ressortir les traits de son personnage, qui devient plus fourbe. Christophe Duquenne, un peu en retrait dans le rôle de Benvolio, parvient à faire ressortir son personnage au cours des deux derniers actes, mais également au cours du premier acte où il participe de bon coeur aux pitreries de Mercutio. Myriam Ould Braham incarnait Rosaline, toujours impeccable. Bouché est un Pâris discret, mais ferme quand il s’agit de vouloir passer la bague au doigt à Juliette.
Myriam Ould Braham
(c) Laurent Philippe
Parmi les seconds rôles, les deux attraits de cette distribution du 28 avril étaient bien entendus Stéphane Bullion, encore jamais vu en Tybalt,  et Delphine Moussin, qui faisait son retour sur scène en Lady Capulet. Commençons par Stéphane Bullion: le danseur apparaît comme le Tybalt idéal, à la fois noir et arrogant, et autoritaire. Sa haine pour les Montaigus est plus que visible. Le rôle lui va vraiment bien. Il habite la scène. Delphine Moussin est une Lady Capulet classe, ferme et très expressive, emplie de douleur à la mort de Tybalt, une mère protectrice envers Juliette, qui sera déchirée et anéantie par le chagrin lorsqu’elle découvrira sa fille inanimée sur son lit. Sa présence en scène est forte, et la danseuse montre de vraies qualités de comédienne. (il est fort dommage qu’elle n’ait pu danser Juliette) La danse des Chevaliers, menée par Stéphane Bullion et Delphine Moussion, au cours du bal des Capulets, prenait encore plus d’envergure, et reste l’une des scènes les plus majestueuse de ce ballet.
Delphine Moussin, Stéphane Bullion, Vincent Cordier
Le Bal des Capulets
(c) Laurent Philippe
Une très belle représentation avec un corps de ballet était de nouveau très en forme, dynamique, qui recréait l’atmosphère de Vérone. Prochaine représentation, demain après-midi avec la prise de rôle de Myriam Ould Braham, représentation attendue par de nombreux passionnés.
A lire sur le même sujet