Deuxième représentation (en deux jours), toujours sous le soleil de Bastille, et toujours avec autant d’engouement pour une autre distribution, en quête de nouvelles émotions… La matinée d’hier réunissait les danseurs de la Première, qui s’est déroulée le 11 avril dernier, avec Laetitia Pujol (Juliette) et Mathieu Ganio (Roméo) dans les rôles principaux. Petit changement de distribution de dernière minute: Stéphane Phavorin, souffrant, fût remplacé par Yann Saïz dans le rôle de Tybalt.

(c) Une passionnée

Depuis le Lac des Cygnes en décembre dernier, il n’est pas rare de voir Mathieu Ganio et Laetitia Pujol danser ensemble. Ainsi, dans Caligula, en février dernier on les retrouvait ensemble. Ils sont de nouveau à l’affiche dans Roméo et Juliette, leur partenariat avait été révélé dans le magazine En scène, où les deux danseurs abordaient leur façon de travailler. Mathieu Ganio faisant sa prise de rôle dans Roméo alors que Laetitia Pujol dansait le double rôle d’Odette/Odile pour la première fois en décembre. Il danse souvent ensemble, cela peut surprendre sur le papier, mais il faut avouer que ça fonctionne plutôt pas mal.

Mathieu Ganio et Laetitia Pujol
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Premier à s’élancer en scène, Roméo, interprété par un Mathieu Ganio, très en forme (et cela fait plaisir à voir!). Sa danse est belle, déliée, fluide, le placement est bon, les mouvements posés et précis, et sa ligne superbe. Le Roméo de Mathieu Ganio est un jeune homme romantique, passionné et fougueux. Courant au début désespérément après Rosaline, il tombe ensuite sous le charme de Juliette. Amoureux transi, rêveur lorsqu’il pense à sa Juliette, le regard perdu au loin, gamin lorsqu’il se retrouve avec ses deux copains, fougueux lors des pas de deux…  Le danseur s’investit dans son personnage et les émotions qui le traversent sont lisibles et perceptibles par le public: ses traits se durcissent à la mort de Mercutio, la douleur qu’il ressent à l’annonce de la mort de Juliette est palpable, et donnerait presque des frissons. L’étoile apparaît comme le Roméo idéal.
La Juliette de Laetitia Pujol est spontanée et évolue au cours de chaque acte. Une simple enfant au départ, qui ne voit dans la vie que l’amusement, pour finalement mûrir plus vite et se retrouver au coeur d’une tragédie. La danseuse étoile a su gérer à la fois les difficultés techniques du rôle, mais a également proposé une belle interprétation. On reprochait souvent à cette danseuse quelques mimiques, mais mise à part le premier acte, les deux autres actes n’ont pas été surjoués. La transition de son personnage tout au long du ballet est bien menée: de son antichambre où elle s’amuse, à sa rencontre avec Roméo, à son mariage, puis jusqu’au drame. Laetitia Pujol a su être émouvante dans cette scène où elle se retrouve au centre de cette guerre qui déchire les deux familles, entre le corps de son cousin Tybalt et son Roméo. Le changement au troisième acte est radical: elle reste ferme face à ses parents qui la poussent à se marier,  en plein doute entre le poignard que lui tend Tybalt et le poison, tendu par Mercutio. Elle sait faire ressentir cette douleur qui la ronge de l’intérieur. Laetitia Pujol arrive à faire ressentir cette douleur qui tiraille son personnage lorsque le drame se met en place.
La bonne entente des deux danseurs se voit dans les pas de deux. Ils sont tous bien dansés, fluides, les portés très beaux, et dégagent beaucoup émotion. Au cours de ces pas de deux, ils incarnent les Roméo et Juliette et font vivre leur histoire au public. Le pas de deux du balcon ainsi que le premier du dernier acte étaient particulièrement réussis et touchant. Leur interprétation et l’histoire qu’il nous raconte est différente de la passion qui unissait hier sur scène Isabelle Ciaravola et Karl Paquette, mais tout aussi intéressante.

Christophe Duquenne, Mathias Heymann, Mathieu Ganio, Laetitia Pujol et Yann Saïz
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Dans le rôle de Tybalt, Yann Saïz prend pleine possession de son rôle. Il n’a peut-être pas la tête d’un méchant, mais il sait faire ressortir la dureté, le caractère fort et la noirceur de son Tybalt. Sa haine contre les Montaigu est plus que lisible, et son côté protecteur envers Juliette aussi. Dans le rôle de Mercutio, Mathias Heymann fait des prouesses. Très bon techniquement, il lui manque tout de même ce côté farceur et provocateur que Mallory Gaudion proposait la veille avec beaucoup de naturel. Christophe Duquenne apparaît plus effacé en Benvolio, (mais le rôle de Benvolio est en lui-même effacé) Rôle ingrat, car la seule fois où il apparait réellement est pour annoncer la triste nouvelle à Roméo: la mort de Juliette. La Rosaline de Myriam Ould Braham est un vrai délice. Légère, mutine, coquette, subtile, elle joue avec Roméo, et sait attirer l’attention sur elle. Sa danse est belle, nette et précise. Julien Meyzindi incarnait Pâris: sobre, mais bien décidé à épouser Juliette, il sait se mettre en valeur. Seule la danse de Pâris et de ses suivants m’a paru plus longue que la veille (mais peut-être étais-je pressée de voir les parents de Juliette découvrir le corps inanimée de leur fille), même impression pour le début du tableau dans la crypte des Capulets (cette fois-ci c’était l’arrivée de Roméo que j’attendais avec impatience…) Il me tarde de découvrir sa Juliette. En Lady capulet, on retrouvait Stéphanie Romberg, la danseuse a montré une Dame Capulet qui avait beaucoup de tendresse envers sa fille, et une certaine fascination pour Tybalt.

Myriam Ould Braham
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Le corps de ballet était à nouveau très en forme hier après-midi, les rivalités entre Montaigus et Capulets ont à nouveau provoquer les rires du public. Parmi les amies de Juliette, se distinguaient les Eléonore Guérineau (qui sait elle aussi attirer l’attention sur elle), les Mathilde Froustey et Juliette Gernez… Du côté des garçons, les acrobates étaient à nouveau au top! (avec les Sébastien Bertaud, Pierre-Arthur Raveau et Hugo Vigliotti très en forme!) Le quatuor formé par les amis de Mercutio était lui aussi bien dynamique, et les danseurs (Mallory Gaudion, Florimond Lorieux, Marc Moreau et Cyril Mitilian) avaient l’air de bien s’amuser.

Au final, une belle représentation. Le public s’est retrouvé plongé dans l’histoire (ou plutôt le drame) de Roméo et Juliette. Les danseurs ont reçu de nombreux applaudissements de la part du public. Après deux jours de Roméo et Juliette (presque en non-stop) c’est la musique (fantastique!) de Prokofiev qui tourne en boucle dans ma tête…

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