Profitons du soleil de Paris pour aller faire un tour en ce samedi après-midi du côté de Bastille pour une première représentation de Roméo et Juliette avec dans les rôles principaux, Isabelle Ciaravola, l’une des Juliette les plus attendues, et Karl Paquette. Dans les seconds rôles, Vincent Chaillet (Tybalt), Mallory Gaudion (Mercutio), Fabien Révillion (Benvolio), Florimond Lorieux (Pâris)…

Roméo et Juliette
(c) une passionnée

Le ballet s’ouvre sur les quatre hommes du Destin, qui séparent les deux portes des deux familles énemies: les Capulet et les Montaigu. Dès le début du ballet, le ton est donné: une procession emmène les dernières victimes issues de cette guerre entre les deux familles. L’ambiance est noire, sinistre, la musique stridente.
Roméo, Karl Paquette, est le premier à s élancer en scène. Jeune homme à la fois fougueux et rêveur, sa danse est légère mais il lui manque un soupçon de fluidité. À cet instant du ballet, Roméo est éperdument amoureux de Rosaline. C’est Laura Hecquet qui incarne Rosaline. Classe, un peu hautaine et rigide par moments, elle reste froide aux avances de Roméo.  Roméo est rapidement rejoint par ses deux amis de toujours Mercutio, Mallory Gaudion, et Benvolio, Fabien Révillon. Si Mallory Gaudion prend rapidement pleine possession de son personnage assez fourbe, Fabien Révillon, quant à lui mais rôle de Benvolio oblige, reste plus effacé.
Les scènes du corps de ballet où Montaigu et Capulet se tiraillent sont bien menées et bien rythmées. les danseurs prennent beaucoup de plaisir en scène et les mesquineries entre les serviteurs des deux familles entraînent les rires du public. 

Isabelle Ciaravola et Karl Paquette
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Dans l’antichambre de Juliette, qui n’est au début du ballet encore qu’une enfant, la jeune fille s’amuse avec ses amies. Juliette n’est encore qu’une gamine mais malgré tout, après avoir surpris sa nourrice en charmante compagnie, elle se retrouve nez à nez avec sa mère, Dame Capulet (Laurence Laffon), qui lui offre sa robe de mariée et lui présente le comte Pâris, désigné par ses parents comme son futur mari. Isabelle Ciaravola incarne bien cette jeune fille, qui à l’aube de sa jeunesse, ne cherche encore qu’à s’amuser. Elle s’amuse également avec son cousin Tybalt, incarné par Vincent Chaillet. Vincent Chaillet est un Tybalt très élégant, ferme qui montre bien son aversion et sa haine contre les Montaigu. Au contraire, ses traits s’adoucissent face à sa jeune cousine, envers laquelle on le sent doux et protecteur. Cependant, il manquerait un peu de noirceur à son personnage. Le comte Pâris incarné par Florimond Lorieux a beaucoup de classe.
Devant la maison des Capulets, les invités se pressent pour aller au bal. Pour y entrer, Roméo et ses amis se déguisent. Les facéties de Mallory Gaudion font rire le public, et le danseur montre à nouveau de nombreuses qualités dans le rôle de Mercutio. Roméo se voit pour la première fois confronté à la mort: alors qu’un mendiant le supplie, lui et ses amis, de lui donner quelques sous pour survivre. Roméo voit l’homme mourir à ses pieds soudainement. 
Le bal des Capulets s’ouvre avec la célèbre danse des Chevaliers, sans aucun doute l’un des morceaux les plus connus de la partition de Prokofiev, et l’un des grands forts du ballet. Cette marche, à la fois entraînante et macabre, montre cette coalition qui unit les Capulets dans leur haine pour la famille adverse. Cet effet est d’autant plus marqué par l’ensemble des danseurs, qui dansent à l’unisson. Juliette se voit contrainte et forcée de danser Pâris. La danseuse montre le mal à l’aise de la jeune fille, qui meurt d’envie d’aller ailleurs. Au contraire, Florimond Lorieux montre bien les insistances du promis pour  courtiser la jeune fille. Mais Juliette va rencontrer, ou plutôt heurter au cours d’une danse, Roméo. Elle va alors découvrir le sentiment amoureux. Le trouble, à l’issue de cette rencontre, est bien marqué par Karl Paquette et Isabelle Ciaravola.
Le premier acte s’achève sur le pas de deux du balcon (l’un de mes pas de deux favori du ballet). Isabelle Ciaravola et Karl Paquette l’on bien interprété, malgré une petite chute de Karl Paquette, mais l’émotion qui se dégageait de cette scène n’a pour autant pas été entaillée. Certains portés manquaient de fluidité, mais dans l’ensemble le pas de deux était réussi.
Ce premier acte s’est globalement bien déroulé et a plongé le spectateur dans l’ambiance ténébreuse et houleuse de Vérone. Début un peu chaotique, quelques petits « couacs » se sont cependant insérés dans cette représentations: mauvaises chutes et déséquilibres (Mercutio qui se rattrape tout juste à la fin de sa variation pendant le bal, mais la fin fût bien rattrapée), sans pour autant enlever du charme au spectacle.
Mallory Gaudion,Mercutio
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Le deuxième acte s’ouvre sur la place du marché, avec Roméo, en mode grand rêveur, pendant que ses deux compères s’amusent à provoquer et taquiner la nourrice de Juliette. Là encore, Mallory Gaudion s’affirme dans le rôle de Mercutio. Parmi le corps de ballet, il faut saluer la prestation des acrobates: ensembles et dynamiques! Pendant ce temps, Juliette est allée voir Frère Laurent pour qu’elle les marie, elle et Roméo, en secret. Le moment où les deux danseurs prêtent serment est un très beau moment du ballet. Mais la tragédie va prendre forme quelques instants plus tard, avec la mort de Mercutio, très bien interprétée par un Mallory Gaudion (vraiment très en forme!) Tybalt s’écroulera quelques minutes plus tard sous l’épée de Roméo. C’est à cet instant que Juliette arrive, choquée, et se retrouve face au corps inerte, couvert de sang, de son cousin et réalise que Roméo est responsable de cet acte. Cette scène est déchirante, Isabelle Ciaravola se révèle. Autour d’elle, les autres personnages sont figés. La détresse de Juliette ressort, déchirée par cette guerre entre les deux familles. Elle souhaite que tout cela s’arrête. 
Globalement, j’ai préféré les danseurs principaux au cours de cet acte. Je me suis plus facilement plongée dans l’ambiance du ballet. On sentait Karl Paquette beaucoup plus à l’aise, et Isabelle Ciaravola était émouvante.
(c) une passionnée
Le pas de deux du dernier acte, symbolisant la première (et dernière) nuit que Roméo et Juliette passeront ensemble était superbe. Fluide, bien mené, beaucoup d’émotion s’en dégageait.
Le Roméo et Juliette de Noureev est réellement bien mis en scène: lorsque Juliette se rue à la chapelle pour demander une solution à Frère Laurent et que ce dernier lui explique comment elle va pouvoir s’en sortir à l’aide du poison est bien lisible et compréhensible par le spectateur. 
Isabelle Ciaravola faisait bien ressentir ce doute qui s’empare de Juliette, entre la mort symbolisée par le poignard, et la vie, symbolisée par le poison. Les deux fantômes de Tybalt et Mercutio lui apparaissent lui adressant chacun le poignard ou le poison. Mais Juliette choisira la vie, et le poison.
La scène où Pâris entre, accompagné de sa suite, pour aller présenter ses hommages à Juliette a permis à Florimond Lorieux de montrer une danse de belle qualité, légère et déliée. Le rôle lui convenait vraiment bien. (peut-être un jour aura-t-il celui de Roméo?) Par son interprétation, le personnage prenait tout son sens et tenait bien sa place dans le ballet.
À Mantoue, Roméo est rapidement mis au courant par Benvolio du drame qui vient de se produire. C’est l’une des principales interventions pour Fabien Révillon, qui arrive à se mettre un peu en avant dans cette partie du ballet. Désespéré, Roméo rentre à Vérone.
Le dernier pas de deux entre Roméo et Juliette est superbe: Roméo tente de réanimer le corps inanimée de Juliette. Croyant qu’elle ne reviendra plus à la vie, il se tue. Juliette se réveille quelques instants plus tard, elle retrouve ses esprits, éclate de joie en appercevant Roméo puis s’apperçoit que ses lèvres sont froides et qu’il est mort. Ces derniers instants sont déchirants: l’interprétation d’Isabelle Ciaravola est magistrale, elle arrive à transmettre cette douleur. Mais aussi, la passion transmise par les deux étoiles qui animeles héros plonge le spectateur au coeur de cette tragédie.
Dans l’ensemble cette représentation était inégale, l’émotion est montée crescendo tout au long du ballet. Les deux danseurs se sont ancrés dans leur rôle, et ont semblé de plus en plus à l’aise tout au long du ballet pour finir, au final, en apothéose. Coup de coeur pour la prestation Mallory Gaudion en Mercutio. Et bravo à Florimond Lorieux pour son Pâris. Aux saluts, le public pouvait sentir les deux étoiles encore émues. Une belle représentation avec des danseurs bien investis.
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