Gaîté, fraicheur, spontanéité, bonne humeur… que de qualificatifs pour vanter la prestation des petits rats de l’Opéra qui ont offert hier soir une très belle soirée aux public de Garnier. Malgré un début de soirée quelque peu chaotique, la reprise de Coppélia (en trois actes s’il vous plaît!) dans la version de Pierre Lacotte fût un véritable succès! Une soirée qui concluait cette belle journée de printemps, où les spectateurs ressortaient avec le sourire.

Les Petits Rats dans Coppélia
(c) Une passionnée

Paris 19h30, une belle journée ensoleillée s’achève. Alors que du côté de l’Opéra Bastille les Etoiles et danseurs du corps de ballet s’apprêtaient à affronter le regard des répétiteurs et du public pour la générale de Roméo et Juliette, au même moment, du côté de Garnier, c’étaient aux petits rats de prendre possession de la célèbre scène en pente.

La soirée s’ouvrait avec Dessin pour six de John Taras, ballet entré au répertoire de l’École de danse en 1997. Plus proche d’une démonstration technique, ce ballet, dans un style néo-classique regroupait six danseurs de l’école (six élèves de première division), quatre filles et deux garçons dans une successions de duos, trios, et de plusieurs ensembles. Rythme très lent, peu palpitant, et un peu brouillon (quelques cafouillages dans les pas), cette première partie ne m’a pas trop convaincu, peu d’invidualités ressortaient. En lisant la fiche de distribution, je comptais beaucoup sur la prestation de Clothilde Tran Phat, danseuse remarquée l’an passé dans Piège de Lumière de John Taras, qui avait totalement bluffé l’assistance. La jeune fille danse dans ce ballet un pas de deux. Parmi les deux garçons, l’un d’eux a particulièrement attiré mon attention (Natan Bouzy ou Germain Louvet?). Ces vingt premières minutes de représentation ne sont pas passées assez vite à mon goût, même si je salue la performance  de ces six danseurs qui se sont confrontés aux difficultés techniques, cette grande scène dont, malgré l’absence de décor, ils arrivent à prendre possession de l’espace. L’exercice était tout de même difficile. Quelques frayeurs ont fait frémir le public: une mauvaise chute s’est invitée sur scène  mais plus de peur de mal, la jeune danseuse a courageusement continué sa variation.

Dessin pour Six (Taras)
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La soirée se poursuivait avec la Coppélia de Pierre Lacotte. Certainement, LE ballet qui m’a fait prendre ce spectacle dans mon abonnement en mai dernier. Surprise en lisant la « fiche technique » (alias feuille de distribution), le troisième acte sera donné dans cette version. Les premières notes de musique jaillissent de la fosse d’orchestre, (à noter que c’est l’orchestre National de l’Opéra de Paris cette fois-ci, soupir de soulagement), le décor est planté, le ton du ballet est donné. Ce soir, c’est la deuxième distribution qui danse,  avec dans les premiers rôles: Alizée Sicre (Swaldina), Mathieu Contat (Franz), Baptiste Claudon (Coppélius).

Alizée Sicre (Swaldina)
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S’il fallait élire l’héroïne de la soirée, ce serait sans aucun doute Alizée Sicre, la jeune danseuse au tempérament de feu a interprété une Swaldina plus que convaincante. De cette version, je n’avais en tête que l’interprétation de Charline Giezendanner en 2001. Alizée Sicre hier soir, a été superbe et remarquable, non seulement d’un point de vue technique (elle n’a eu pratiquement aucun accrochage et a montré une maîtrise complète de la chorégraphie), mais aussi du côté de l’interprétation, là encore la jeune danseuse, déjà professionnelle, a montré ses talents de comédienne, sa pantomime n’était pas surjouée, et elle a su donner tout le caractère et le piquant à son personnage. La danseuse a montré une grande facilité à s’approprier l’espace autour d’elle, malgré la difficulté de commencer un ballet seul en scène. À ses côtés, elle avait le jeune Mathieu Contat. Plus effacé dans ses premières apparitions, le garçon a été bien entraîné par le dynamisme de sa partenaire et s’est épanoui et libéré tout au long du ballet avant de finir en apothéose dans la coda du galop final. Lui aussi, a bien joué le jeu. Baptise Claudon incarnait Coppélius. Belle prestation de ce danseur, qui s’est glissé dans la peau du vieux monsieur, accaparé par ses automates. Le danseur a montré lui aussi des talents de comédien, et a fait rire la salle aux éclats (avec la complicité avec Alizée Sicre) lors du deuxième acte.

Coppélius, Swaldina, Franz
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Ce deuxième acte restera sûrement l’un des meilleurs moments de cette soirée, avec les prestations des trois danseurs principaux. La variation de la poupée par Alizée Sicre, sous la direction d’un pauvre Coppélius qui se prend des claques à répétition, restera l’un des moments les plus divertissants. Le boléro et la gigue ont récolté de belles ovations. Petit bémol côté décor, il est fort dommage qu’un côté de Garnier ne puisse voir le petit renfoncement où siège la fameuse poupée. Cela enlève une partie de la magie de ce deuxième acte. Dans le premier acte, les élèves n’ont pas démérité, dans les petites amies de Swaldina on reconnaissait Ambre Chiarcosso. La mazurka du 1er acte était bien dynamique et bien en rythme.  Le troisième acte, que j’ai découvert hier soir, propose de passer de de l’atelier de Coppélius à une ambiance plus champêtre, dans les jardins du château seigneurial. Les petites amies, les fileuses (parmi elles on reconnaît Clothilde Tran Phat et Caroline Osmont), les fiancées, très gracieuses dans leurs beaux tutus (certainement les plus beaux tutus du ballet!) se pressent autour du couple principal. Parmi tout ce petit monde, mention spéciale aux deux fiancés alias David Auboin-Tehio et Lou Thabard, qui ont récolté de chaleureux applaudissements. J’oubliai également de mentionné Raphaël Bouttier qui incarnait le Bourgmestre hier soir. Après un magnifique pas de deux entre Swaldina et Franz, le dernier tableau s’est terminé, dans la joie et la bonne humeur (sauf peut-être pour le pauvre Coppélius), sur un galop final, bien mené par tous ces élèves, enthousiastes et brillants.

Pierre Lacotte et les élèves
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Les élèves de l’école ont reçu une belle ovation à la fin du spectacle. Une soirée réussie, avec des élèves qui ont ne le répète jamais assez, sont impressionnants, voire scotchant et déjà si professionnels malgré leur jeune âge. Certains montrent une maîtrise de la scène, et une capacité à capter l’attention fulgurante! Coup de coeur pour Alizée Sicre hier soir. Pierre Lacotte est venu saluer à la fin du spectacle. 
À voir: un diaporama consacré à l’Ecole de danse sur le site de l’express.
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