Deuxième (et dernière) représentation de Caligula. Deuxième vision et deuxième retour sur ce ballet, vu cette fois-ci sans aucun angle mort. Pour cette représentation, une belle distribution: Mathieu Ganio dans le rôle principal, accompagné par Clairemarie Osta (La lune), Aurélien Houette dans le rôle de Chaera, Eléonora Abbagnato dans le rôle de Caesonia et Audric Bézard dans Incitatus, le cheval de Caligula. A quelques jours de la dernière, un dernier compte-rendu.

Caligula

Hier soir, Mathieu Ganio officiait à nouveau dans le rôle de l’empereur Caligula. Sa prestation était encore plus belle et somptueuse, et sa danse toujours aussi impeccable, fluide et légère. Sa présence en scène est indéniable. Son Caligula a à la fois un côté fragile, et sensible, mais aussi un côté capricieux, avec ses sautes d’humeur qui le font passer de la joie à un état colérique, qui le mène jusqu’à la cruauté, la folie. La dégradation du personnage est flagrante. Sa mort reste un passage plus que prenant, (et sûrement l’un des plus beaux moments de ce ballet) suivre les expressions du danseur qui rigole encore de cette altercation avec les sénateurs qui viennent de lui administrer plus de trente coups de couteaux, jusqu’à ce qu’il s’éteigne et tombe inanimé. C’est l’un des plus beaux moments de ce ballet.
Cette fois-ci c’est Clairemarie Osta qui incarnait la lune. Inutile de dire que sa prestation n’avait rien à voir avec celle de Laetitia Pujol, Clairemarie Osta a ce côté lunaire, pas du tout terrestre, cette façon de danser, avec cette sensibilité, qui la rendent immatérielle. Elle est faite pour ce rôle. Elle donne l’illusion cette vision abstraite que l’empereur tente d’attraper, mais qui réussit à lui échapper, jusqu’à ce qu’il la possède et la tue. Le pas de deux de la lune avec Caligula reste un des grands moments (voire mon moment préféré du ballet). Le partenariat entre Clairemarie Osta et Mathieu Ganio est très riche et véhicule de nombreuses émotions, le couple qu’ils forment en scène est très équilibré et est magnifique.

Clairemarie Osta & Mathieu Ganio

Plus de mal à accrocher pour les différentes interventions de Stéphane Bullion, Mnester hier soir. Non pas à cause du danseur, mais certainement à cause de la chorégraphie en elle-même (et sans doute de l’accompagnement musical). La première fois, ces scènes de pantomime m’avaient paru moins longues. Cependant, le rôle est fort bien assorti avec le physique de Stéphane Bullion, qui arrive tout de même à s’imposer et à accrocher le regard du spectateur. Ce dernier est très charismatique et dégage quand même une forte présence en scène. (J’aurais bien aimé pouvoir voir son interprétation de Caligula, sur scène et non pas au moyen de vidéos) 
Eléonora Abbagnato est très impressionnante en Caesonia. Elle campe une femme d’empereur à fort caractère, qui sait mener la danser et les autres femmes, qui ont un rôle vraiment secondaire dans ce ballet. Dans le rôle de Chaerea, Aurélien Houette, lui aussi est imposant, mais je lui ai préféré Yann Saiz, qui donnait beaucoup plus d’assurance et d’autorité à son personnage. Dans le rôle d’Incitatus, Audric Bézard propose une autre interprétation que celle de Mathias Heymann du fidèle cheval de Caligula. Moins aérien certes, peut-être un peu moins bon d’un point de vue technique, mais Audric Bézard donne plus l’image d’un cheval dans son manège que Mathias Heymann.
Le ballet a été très applaudi hier soir, aux saluts (il y a eu de nombreux rappels) mais aussi à de nombreuses reprises au cours du spectacle: à la fin des pas de deux, du passage avec Incitatus (alors que quinze jours auparavant le passage avec Incitatus avait été applaudi)
Cette découverte de Caligula m’a permis de découvrir la chorégraphie de Nicolas Leriche, avec des passages chorégraphiques intéressants mais avec d’autres moins marquant. L’argument et quelques explications sont quand même nécessaires à sa bonne compréhension. L’hiver reste mon acte favori, d’un point de vue musical, mais également d’un point de vue chorégraphique. D’autres passages du ballet resteront dans « mes » annales: la mort de Caligula, le premier pas de deux avec la Lune (et notamment la prestation de Clairemarie Osta). Cependant, les scènes des sénateurs m’ont paru plus longues et moins intéressantes au fur et à mesure. La musique de Vivaldi s’associe bien à la chorégraphie. Un ballet que je ne regrette pas d’avoir découvert, mais que je ne pourrai voir un grand nombre de fois.
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