Alors qu’en ce moment Le lac des cygnes et la Bastille ont la vedette, vendredi soir alors que Ludmila Pagliero et Christophe Duquenne interprétaient pour la première fois les rôles d’Odette/Odile et de Siegfried, du côté de Garnier le programme réunissant les trois chorégraphes Georges Balanchine, Trisha Brown et Pina Bausch a débuté. Hier soir, la deuxième avait lieu au Palais Garnier.
Cette soirée réunissant ces trois chorégraphes du 20ème siècle, avait déjà été évoquée lors de la rencontre du 27 novembre dernier. Brigitte Lefèvre avait alors justifié ses choix chorégraphiques pour cette soirée.
Apollon (c) une passionnée
La soirée débutait avec Apollon de George Balanchine. Ce ballet, entré au répertoire de l’Opéra en 1947, ce ballet est une oeuvre capitale du chorégraphe. Costumes très épurés, une tunique blanche revêt les danseurs qui évoluent sur la musique de Stravinsky. Le rideau s’ouvre sur Apollon, seul sur scène, puis entrent ses trois muses: Terpsichore, Calliope et Polymnie. Quelques petits changements de distribution ont perturbé le début de cette série: alors qu’Hervé Moreau était plus qu’attendu sur scène après un long moment d’absence, il a finalement été remplacé pour la première par Mathieu Ganio, et par Florian Magnenet hier soir. A ses côtés, Emilie Cozette incarnait Terpsichore, Eve Grinsztajn et Amandine Albisson jouaient respectivement les rôles de Calliope et Polymnie. Il manquait ce petit quelque chose hier soir à notre Apollon: certes Florian Magnenet a le physique, il a de la classe, mais il lui manquait ce petit « je ne sais quoi » cet aura, l’aura qui aurait fait de lui ce dieu. Quant à Emilie Cozette, après la séance de travail d’il y a quinze jours, on sentait une progression, mais il manquait un soupçon de poésie. Amandine Albisson semblait peu confiante hier soir, lors de sa variation, moins incisive, elle semblait beaucoup moins à l’aise que d’habitude. La plus envoûtante des muses restera Eve Grinsztajn, avec une superbe ligne de bras, la justesse dans son regard. C’est une très belle ballerine. Elle a adopté le style balanchine dans sa variation, qui était magnifique. Je regrette cependant de ne pas avoir vu les Apollon de Mathieu Ganio et d’Hervé Moreau…

Josua Hoffalt, Clairemarie Osta, Nicolas Le Riche
Après un court précipité, la soirée se poursuivait avec la pièce O złozony/O composite de Trisha Brown, ballet créé en 2004 par les Etoiles Aurélie Dupont, Manuel Legris et Nicolas Le Riche. L’argument et les conditions de création de ce ballet sont très intéressantes: Trisha Brown était partie d’un poème, des dix premiers exactement de Renascence d’Edna St. Vincent Millay. Elle avait alors créé un alphabet chorégraphique sur lequel les danseurs s’appuient. Une découverte. Une oeuvre assez surprenante, d’une part par la musique et d’autre part par la chorégraphie, très déroûtante, mais en même temps intéressante. Le trio était hier soir formé par Clairemarie Osta, Nicolas Leriche et Josua Hoffalt. Nicolas Leriche était très impressionnant, et la pièce va comme un gant à Clairemarie Osta. Une pièce qui convainc ou non, plus difficile à suivre.
Changement de décor pour la suite de la soirée. Pendant l’entracte des bennes de terre ont investit la scène du Palais Garnier, pendant qu’à rideau ouvert, le tapis de terre se mettait en place.
(c) ICARE
Il y a des oeuvres qui vous marquent telles que le Boléro, des oeuvres mémorables, inoubliables, qui vous transportent et qui vous marquent à jamais. Le sacre du Printemps de Pina Bausch en fait partie. Hier soir, c’est Miteki Kudo qui dansait l’élue, l’élue choisie par Pina Bausch elle même lors de l’entrée au répertoire du ballet en 1997. Les danseuses arrivent une par une, ou par deux. Pas de maquillage, avec juste une tunique beige, elles sont natures, et toutes appeurées à l’idée de revêtir une tunique rouge, la tunique de l’élue… Parmi ces danseuses, on reconnaît bien entendu Miteki Kudo, qui possède cette gestuelle fluide et de magnifiques bras, Eléonora Abbagnato, caractérisée par une forte présence en scène et qui promet elle aussi une belle interprétation de l’Elue, mais aussi Muriel Zusperreguy, Puis entre le groupe d’hommes, mené par Wilfried Romoli entre en scène, à la recherche de l’élue pour le sacre. Un Wilfried Romoli très en forme et très impressionnant. Parmi les garçons, on retrouvait Vincent Chaillet, Alessio Carbone, Adrien Couvez, Josua Hoffalt… A la vue des hommes, le groupe de fille est apeurée, elles s’agitent, accourent dans tous les sens alors que les hommes les observent. Sur la musique, très prenante de Stravinsky, les mouvements se font et se défont. L’élue est choisie: c’est Miteki. 
Le Sacre du Printemps, Pina Bausch
(c) une passionnée
Elle revêt la tunique rouge, tunique de l’Elue, elle est choisit, s’ensuit alors une danse, une danse de l’élue, épuisante et époustouflante dans laquelle Miteki Kudo est tout simplement superbe. Le public est en transe, suit le moindre faits et geste de la danseuse, qui possède un tel aura que toute la salle retient son souffle. Elle danse, elle maîtrise la gestuelle de Pina Bausch. Ce ballet n’est pas choquant, mais saisissant…et impressionnant! Fin de la musique, Miteki tombe, le public met du temps à réagir, le temps de revenir à la réalité? Saisi? Les cris et bravo se sont libérés et les gorges se sont dénouées une fois les danseurs revenus en scène pour les saluts. Un grand moment. Une ovation pour Miteki Kudo.
Une soirée très riche en émotion, à voir rien que pour le Sacre…
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