C’est à l’amphithéâtre Bastille que s’est déroulée hier la première rencontre (anciennement pleins feux et passeport) de la saison. De nombreuses personnes étaient présentes hier après-midi pour voir répéter les deux premiers danseurs Ludmila Pagliero et Christophe Duquenne, sous la direction du Maître de Ballet principal: Patrice Bart. Ces derniers étaient accompagnés par la talentueuse pianiste Eléna Bonnay.

Cette première rencontre de l’année était dédiée au Lac des Cygnes. A un mois et demi des fêtes de Noël, comme l’a rappelé Brigitte Lefebre, toute la compagnie se prépare pour les deux programmes qui clôtureront cette année 2010. Tandis qu’à Garnier certains répètent le programme regroupant les trois chorégraphes Georges Balanchine, Trisha Brown et Pina Bausch, à Bastille, on se prépare pour le Lac. La directrice de la danse nous a quelque peu justifié pourquoi mi-novembre, nous assistions « seulement » à la première rencontre de l’année: entre la soirée Roland Petit, la tournée en Russie avec Paquita et les représentations de Paquita, le planning semblait un peu trop serré. (dommage tout de même! ) Après ce bref discours, Brigitte Lefèvre a appelé à répéter les danseurs du jours.
Pour cette séance de travail en public, Patrice Bart avait opté pour le travail du deuxième acte du Lac: l’acte blanc. Au programme: variations de Siegfried, entrée d’Odette, pas de deux, coda… et le tout en moins d’une heure et quart, avec des corrections, des précisions et beaucoup d’humour!
Ludmila Pagliero
Pour suivre l’ordre de ce deuxième acte, c’est Christophe Duquenne qui a ouvert les festivités et a commencé par travailler la variation de Siegfried, une variation très délicate exigeant beaucoup de technique et de concentration. Si au début Christophe Duquenne semblait plus effacé et plus timide, à la fin de la répétition il était complètement dans le rôle. On voyait la différence avant et après correction de Patrice Bart. Christophe Duquenne était précis et a montré qu’il maîtrisait la technique de sa variation. Puis, après quelques reprises, Patrice Bart a fait travaillé l’entrée d’Odette. Cette reine cygne qui vole et qui vient se poser près du prince. Le maître de Ballet nous a alors expliqué la pantomime, lorsqu’Odette raconte son histoire au prince, et qui résume parfaitement l’argument du lac des cygnes (dommage de ne pas avoir pu filmer cette séquence). Le prince se présente, Odette lui explique qu’elle est la reine des cygnes et lui raconte son histoire. Elle lui raconte qu’un mauvais génie la retient prisonnière sous l’apparence d’un cygne mais que l’amour d’un homme, qui lui demande de l’épouser et le lui jure pourrait conjurer le sort. Le prince s’empresse alors de jurer son amour pour elle, mais Odette consciente du réel danger l’en empêche. C’est alors que Rothbart (joué par Patrice Bart) entre en scène. Ludmila Pagliero a montré une grande facilité à se mettre dans la peau du personnage. Dès que Patrice Bart lui faisait une correction, elle se corrigeait automatiquement, grave pour l’entrée d’Odette, maîtrisant la technique, elle nous a plongé tout de suite dans l’ambiance du lac.
Les deux danseurs ont ensuite répété « le seul pas de deux d’amour » du ballet comme le dit Patrice Bart, un des plus beaux moments du ballet. Malgré le peu d’heures de répétitions qu’ils avaient eu, les deux danseurs ont montré qu’ils maîtrisaient déjà la majeure partie des grosses difficultés de ce pas de deux, et qu’ils étaient déjà bien en place. Puis, Ludmila Pagliero s’est élancée pour la coda et ses entrechats quatre et retirés, impeccablement réalisés. Le public a pu admirer un très beau portée où il ne manquait plus que les costumes et les décors… Avant de se quitter, Patrice Bart a fait montrer à Christophe Duquenne l’autre variation du prince, crée par Noureev (pour Noureev, mais aussi pour donner une autre dimension au prince). Plus joyeuse, moins mélancolique que l’autre, elle montre le prince sous un autre angle, plus sûre de lui et heureux. Puis, cette répétition a touché à sa fin (malheureusement presque!) Le public a récompensé les deux artistes par de chaleureux applaudissements bien mérités!
Christophe Duquenne dans le rôle de Siegfried en 2009 à Chartres, avec Béatrice Martel.
(c) Dansomanie.
Petit détail chorégraphique, petit détail pour l’oeil averti d’un balletomane, tout en fin de répétition, Patrice Bart nous a fait remarqué la différence dans la fermeture des bras du cygne blanc et du cygne noir: lors des pas de deux, c’est le prince qui guide et ferme les bras d’Odette, au contraire c’est Odile qui guide le prince et ferme ses bras autour de lui tout en lui faisant croire qu’elle est Odette…
J’étais un peu sceptique au sujet de Ludmila Pagliero, mais hier après-midi elle m’a complètement fait changer d’avis et fait regretter amèrement de ne pas pouvoir la voir le 10 décembre prochain. Sa capacité à assimiler très vite le mouvement, a entrer dans la peau d’Odette. Malgré sa tenue de répétition, sans la beau costume blanc d’Odette, elle a réussi à donner l’impression d’avoir un cygne sous les yeux. Patrice Bart a souligné qu’elle avait envisagé sérieusement cette prise de rôle en visionnant de nombreuses interprétations d’Odette/Odile et en en faisant la synthèse.
Une séance de travail qui s’est avérée détendante, enrichissante qui permettait de mettre en avant une distribution inédite qui promet de beaux instants pour le 10 décembre prochain.
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