Distribution de prestige, distribution de choix, beaucoup d’émotions hier pour ponctuer cette dernière soirée consacrée dédiée à Roland Petit. Les trois ballets du chorégraphe: Le Rendez-vous, Le Loup et Le Jeune Homme et la mort ont remporté un vrai succès et ont suscité de nombreux applaudissements de la part du public. En particulier, un véritable triomphe pour le jeune homme et la mort!
Isabelle Ciaravola et Benjamin Pech

La soirée débutait avec le Rendez-vous. Cette fois-ci, nous retrouvions Isabelle Ciaravola, dans le rôle de la plus belle fille du monde, aux côtés de Benjamin Pech. L’ouverture de ce ballet est assez particulière, cet accordéoniste qui suit Pascal Aubin, qui nous chante le poème de Prévert « Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne… », plonge la salle directement dans une atmosphère étrange, une ambiance atypique, à la fois intime, presque sinistre avec ses décors en noir et blanc et cette pénombre sur la scène. Différent de la version Ciaravola/LeRiche, le duo Ciaravola/Pech a également marqué les esprits. Benjamin Pech arrive esquissant le moindre mouvement, le moindre pas avec beaucoup de décontraction. Ce jeune homme cherche à s’amuser et à croquer la vie à pleine dent. Le jeu avec le bossu, avec un Hugo Vigglioti toujours en forme, était bien mené, et amusant. Le destin était à nouveau incarné par Mickael Denard, dans son drôle de costume (qui rappelle légèrement celui d’Arlequin) celui-ci surprend le jeune homme, qui tente de le contourner et de passer son chemin, mais le Destin tel un aimant ne le laisse pas s’éloigner, comme s’il tentait de lui rappeler qu’on échappe pas à son destin. Il lui place la rasoir dans sa poche de chemise, rasoir qui doit lui coûter la vie. le jeune homme n’y prend pas garde, et continue de rigoler avec le bossu. Ils’amuse, puis se ballade, sur le côté de jeunes amoureux, « des gens qui s’aiment », s’embrassent le jeune homme les regarde furtivement. Puis, il tourne la tête et tombe face… à la plus belle fille du monde. Femme fatale, elle le toise avec son regard impénétrable. Elle est reine, il ne la quitte plus du regard. Puis commence un jeu, un jeu au cours duquel la plus belle femme du monde continue d’hypnotiser le jeune homme. Ils se rapprochent, elle l’ensorcèle. Ils dansent, il est en transe, la cadence de la musique s’accélère, leur jeu de séduction suit le mouvement. Le rythme s’intensifie, le jeune homme perd le contrôle, il ne voit pas le plus belle fille qui dans sa poche de chemise, attrape le rasoir et au moment où la musique arrive à son intensité maximale, trancher la gorge du jeune homme avec le rasoir… La musique s’arrête, je jeune homme ne bouge plus.. quelques secousses, et il tombe raide mort sur la scène. Arrivé plus timide au départ, mais complètement grandiose à la fin, Benjamin Pech était un beau jeune homme, avec une danse nette et précise, des mouvements bien esquissés. Il s’accordait bien avec Isabelle Ciaravola, décidément idéale pour incarner cette plus fille du monde. La perruque au carré, et la robe noire lui vont à merveille, mettant en avant de longues jambes encore plus valorisées par de hauts talons aiguilles. L’Etoile féminine dégage une sensibilité artistique qui donne de l’étoffe à son personnage: le caractère de cette femme si hypnotisante, à la fois belle et cruelle. Leur pas de deux très sensuel, intense, avec Isabelle qui mène la danse, qui dirige ce jeune homme et le mène à sa perte. Une pièce envoutante qui donne le ton de cette soirée et plonge le spectateur dans l’ambiance des ballets de Roland Petit…
Changement d’ambiance avec le Loup, réflexion sur la condition humaine dans un tout autre genre. Les premières notes du loup fusent et l’on se retrouve, après l’ambiance noire et sinistre du Rendez-vous, dans une ambiance de village, très joyeuse et festive, avec des décors et costumes beaucoup plus colorés. Les bohémiens, Fabien Révillon et Sabrina Mallem, font leur démonstrations auprès des villageois et entre le loup, leur bête de foire. C’est Stéphane Bullion qui incarne le loup. Gestuelle très animale, très viril, il fait fuir les quelques villageois autour en exhibant ses crocs. Arrive alors la procession avec en tête des jeunes mariés, Ludmila Pagliero et Yann Saïz. Les bohémiens font entrer le jeune marié dans leur jeu, le changeant en loup, puis le retransforme. Mais alors que le jeune marié vient « fricoter » avec la bohémienne et se fait prendre, après un jeu de passe passe, la jeune mariée repars finalement avec le loup qu’elle prends pour son mari… Le loup se retrouve alors dans la forêt avec une jeune fille qui réalisant qu’elle se retrouve face à un loup est dans un premier temps effarouchée, puis se prend de pitié pour cette pauvre bête et se rapproche… Le loup se laisse également porter vers cette jeune fille, ils se frôlent, se caressent, puis s’étreignent. Ce pas de deux, entre la jeune fille et le loup est assez long. Ludmila Pagliero dégageait plus d’émotions que les autres fois et Stéphane Bullion était assez démonstratif dans le loup. Il incarnait cet animal sauvage, fermé au début qui au fur et à mesure que les sentiments de la jeune fille s’accroissent se dévoilent et montre un côté plus humain. De son côté, les émotions que traversent la jeune fille étaient lisibles sur le visage de Ludmila pagliero. On pouvait suivre l’histoire de cette belle et de cette bête que tout oppose assez facilement. Le jeune marié de Yann Saïz était également très bien dansé, et Sabrina Mallem incarnait une bohémienne au tempérament de feu. La fin de ce ballet reste assez triste, moins cruelle et moins poignante que pour la première pièce, le loup meurt sous les coups de fourches des villageois. La jeune fille alors tente de sauver le loup et se fait embrocher par les fourches des villageois. Triste fin pour une jeune mariée, alors qu’elle est ramenée au village par les villageois « dignement », le cadavre du loup est traîné par les bohémiens… Presque humain pendant un instant, il est rapidement ramené à son statut d’animal…
Ludmila Pagliero et Stéphane Bullion
Pour terminer la soirée en beauté, après un entracte de vingt minutes, place à l’une des pièces majeures, les plus connues de Roland Petit. Une pièce indémodable, avec ce soir l’un de ses plus grands interprètes, un grand danseur étoile Nicolas Le Riche accompagné d’une très grande artiste: Eleonora Abbagnato. Bouleversant, grandiose, violent, provocant, extraordinaire… que de termes pour décrire cette pièce, et ces vingts minutes qui entraîne le spectateur dans une folle spirale. Dès le spremière notes, la musique tient le spectateur en haleine, et le plonge dans cet atelier. le jeune homme et là, se languissant, cigarette à la main, avachi sur son canapé. Il attend, il n’a que ça à faire. Il danse, il renverse les chaises, se cogne contre les objets, il tourne en rond… Dès les premiers mouvements esquissés, Nicolas LeRiche est plus qu’impressionnant, il est grandiose, on le sent habité par le rôle, on sent la douleur, cette souffrance qui s’est emparée de lui et qui habite son corps. Entre alors la jeune fille, celle qu’il attendait, celle qui le fait souffrir. Elle entre, dans sa robe jaune, elle attire le regard du spectateur, elle arrive et elle devient le centre du monde. A peine entrée, Eléonora Abbagnato marque la scène et l’espace de cet atelier de sa présence, un plié et elle explose, elle violente le jeune homme, prend possession de lui, de son corps et de ses pensées. Elle le pousse à bout. Eléonora pleine de sensualité, fait de Nicolas Le Riche presque son « esclave » d’un simple regard elle le met à ses pieds, l’attire puis le repousse tout en gardant le contrôle. Les mouvements sont à la fois provocants, très significatifs, connotés. La jeune femme montre au jeune homme la corde, la corde qui va le délivrer de cette souffrance qui le ronge, il se dirige vers la corde tel un zombie, il est complètement hypnotisé, il ne contrôle plus rien. Dans un dernier élan, il grimpe sur une chaine, s’accroche à la corde et se pend.
Dans un final en apothéose, le décor s’ouvre sur les toits de Paris. La mort, qui était en réalité la jeune fille vient chercher le jeune homme et ils partent tous les deux sur les toits de paris. Un triomphe, voilà ce qu’on reçu Nicolas Leriche et Eléonora Abbagnato. Nicolas Le Riche qui a chaleureusement remercié sa partenaire, extraordinaire!
Nicolas Le Riche et Eléonora Abbagnato
Soirée bouleversante où le degré de violence la passion et les tensions s’accroissent tout au long de la soirée. On commence dans une ambiance calfeutrée pour terminer dans une violence extrême.
Personnellement, mes préférences vont au rendez-vous dont j’ai beaucoup aimé le thème et l’ambiance ainsi qu’au jeune homme et la mort, choc artistique..
A la suite de cette soirée, Benjamin Pech a été décoré « Chevalier de l’Ordre national du mérite » par Brigitte Lefèvre.
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