La nouvelle saison s’est ouvert mercredi dernier sur une soirée dédiée au grand chorégraphe Roland Petit. Trois de ses ballets sont présentés jusqu’au 9 octobre prochain: Le Rendez-vous, Le Loup, et Le Jeune Homme et la Mort. Les deux premières représentations étaient précédées du traditionnel et mythique défilé du ballet.

Le Rendez-vous
Faute d’avoir pu assister au défilé et manqué la Marche des Troyens, je me suis précipitée au Palais Garnier hier soir pour me replonger dans l’ambiance du vieux Paris et retrouver l’ambiance du Palais Garnier. La soirée s’ouvrait avec le Rendez-vous, ballet que je n’avais encore jamais vu dont l’argument a été inspiré par un poème de Jacques Prévert. Le rideau s’ouvre sur un bal de musette du côté de Paris. Pour ce rendez-vous, le public découvrait un duo encore inédit: les deux étoiles Isabelle Ciaravola et Nicolas Leriche. Un duo magnifique! Nicolas Leriche jouait le rôle du Jeune homme, le jeune homme est à la recherche d’amusement. Il se rend à ce petit bal et rencontre d’autres jeunes filles et jeunes gens venus également s’amuser, mais également une fleuriste et le bossu. Le jeune homme rencontre alors le destin, qui lui prédit une mort certaine: il lui montre un rasoir qu’il remet délicatement dans la poche supérieure de la veste du jeune homme. Puis, apparaît la plus belle fille du monde, incarnée par la sublime Isabelle Ciaravola. Cette soirée permettait de découvrir ce duo inédit, puisque Isabelle Ciaravola et Nicolas Leriche n’avaient encore jamais dansé ensemble jusque là. Mais surtout, elle permettait de revoir Isabelle Ciaravola en scène! Cette dernière était tout simplement extraordinaire dans le rôle: ensorcelante, vampirisante, vénéneuse à souhait. Ses pointes troquées contre des talons aiguilles, elle a hypnotisé Nicolas Leriche et l’a entraîné dans un pas de deux langoureux et intense. (ses développés sont toujours aussi superbes et impressionnants!) Elle était implacable lorsqu’elle lui a sorti le rasoir de la poche supérieure et lui a porté le coup fatal. Nicolas Leriche était également superbe dans le jeune homme avec une belle aisance, et une sacré fluidité dans ses mouvements. On sentait le jeune garçon qui cherche à croquer la vie à pleine dent, mais qui se fait rattraper par son destin… Un destin campé par le grand Michael Denard, parfait dans le rôle.
A noter dans les rôles secondaires, une belle prestation d’Hugo Vigliotti dans le bossu.

Mickaël Denard, Nicolas Leriche, Isabelle Ciaravola

La soirée se poursuivait avec le Loup, entré en 1975 au répertoire de l’Opéra de Paris. Le Loup est souvent présenté comme un « remake » de la belle et la bête, mais avec une fin plus douloureuse. En effet, la jeune fille se voit abandonné par son mari le jour même de son mariage, ce dernier s’étant enfui avec une bohémienne. Grâce à un montreur de bête, le jeune marié fait croire qu’il s’est changé en loup, laissant la jeune mariée repartir avec le loup. Elle découvre la supercherie: elle est d’abord effrayée, puis tombe finalement sous le charme de la bête. Les gens du village, au courant de l’histoire, vont alors chercher à tuer le loup mais la jeune mariée va tout faire pour le défendre jusqu’à mourir pour lui… Une fin tragique. Hier soir, Benjamin Pech incarnait le Loup et Laetitia Pujol, la jeune fille. Benjamin Pech fût un très beau loup hier: très bestial, avec cette gestuelle animale, les variations impeccables ; il avait une forte présence en scène, et cela dès son entrée. Laetitia Pujol, absente depuis un moment de la scène, n’a pas raté ses retrouvailles avec le public parisien: très expressive, elle incarnait cette jeune fille un peu insouciante, trompée par son mari, on pouvait lire les différentes expressions sur son visage et suivre les sentiments de cette jeune mariée. Le pas de deux du loup et de la jeune fille était à la fois sauvage, et romantique. Christophe Duquenne était le jeune marié indiscipliné, sa danse était toujours aussi propre. Amandine Albisson campait une bohémienne au fort caractère.

Le Loup
La soirée se clôturait avec le Jeune Homme et la Mort. Une pièce mythique de Roland Petit, un rôle incarné par les plus grands de la danse. Un gros défi pour les danseurs en scène. Hier soir, c’était Jérémie Bélingard qui s’y collait. Salopette bleue, cigarette à la main, le jeune homme tourne en rond dans son atelier, il attend… La jeune fille rentre alors, elle bouscule le jeune homme, l’insulte et s’en va. Il se pend. Le décor de la chambre s’élève, et l’on se retrouve sur les toits de Paris: la mort vient chercher le jeune homme. Elle enlève son masque pour le donner au jeune homme, il s’agissait de la jeune fille.. Jérémie Bélingard, plein d’énergie, a incarné un beau jeune homme hier, un peu trop expressif de temps en temps, voire un peu trop expressif parfois. Il a tenté de faire ressortir le désespoir et la détresse du jeune homme jusqu’à l’acte final. La jeune fille était dansée par Alice Renavand, bien techniquement mais à qui il manquait ce petit « plus » pour être encore plus palpitante, plus présente et plus ensorcelante. Ce n’était pas le même tempérament que Marie-Agnès Gillot par exemple. Jérémie Bélingard a tout de même reçu une belle ovation de la part du public. Preuve que cette pièce ne lasse pas et ne laisse pas insensible!
Jérémie Bélingard et Alice Renavand
En résumé: trois histoires d’amour assez tragiques, trois ambiances différentes, un beau voyage dans l’univers de Petit. Une belle entrée dans cette nouvelle saison!
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