Il est 19h30 au Palais Garnier. Le premier violon de l’orchestre sonne le « la », les musiciens se sont accordés. Patrice Bart (chorégraphe du ballet) s’est installé à l’orchestre. Le chef d’orchestre entre dans la salle, applaudissements du public. La musique retentit, le rideau se lève sur une petite danseuse exposée dans une vitrine apparaît.

Troisième reprise pour ce ballet, et honte à moi, ce n’est que la première fois que je le vois! La petite danseuse de Degas, créé en 2003, est l’oeuvre du maître de ballet Patrice Bart. Hier soir, pour la première, une distribution de prestige réunissait six étoiles, dont le retour d’une grande étoile, sur la scène du Palais Garnier. Clairemarie Osta incarnait la petite danseuse, Dorothée Gilbert était l’Etoile. Du côté des garçons: Mathieu Ganio, José Martinez et Benjamin Pech interprétaient respectivement les rôles du maître de ballet, de l’abonné, et de l’homme en noir. Enfin, dans le rôle de la mère, le public retrouvait avec grand plaisir Elisabeth Maurin, qui avait fait ses adieux en 2005 mais qui a rechaussé les pointes pour reprendre son rôle, rôle qu’elle avait dansé lors des reprises précédentes.


Dans un précédent post, suite à la conférence sur ce ballet, j’avais résumé l’histoire de la jeune Marie Von Goethem qui avait inspirée Patrice Bart. Le ballet narre ainsi l’histoire de cette petite danseuse, de l’école de danse jusqu’à la blanchisserie, en passant par le chat noir. Le rideau s’ouvre sur une scène plongée dans la pénombre, et sur cette vitrine dans laquelle est exposée la petite danseuse. Puis tour à tour, comme pour présenter les protagonistes d’un roman, les projecteurs s’allument sur les personnages principaux: l’Etoile, la mère, le maître de ballet, l’abonné, l’homme en noir. Les personnages sont en place, ils n’ont plus qu’à danser pour raconter cette histoire. Le premier tableau se passe dans les rues de Paris, on apperçoit des blanchisseuses, des jeunes filles faisant le trottoir, puis l’Etoile, très classe, très chic, accompagnée de ses deux admirateurs qui la soutiennent et surveillent les moindres faits et gestes des gens osant s’approcher d’elle. Entre à son tour la petite danseuse, tirée par sa mère. Sa mère, qui la conduit d’un pas pressant. Cette petite danseuse est fascinée et très admirative devant cette Etoile, qui ne la regarde à peine. La petite danseuse ramasse le bouquet que cette dernière a fait tomber et part d’un pas précipité à son cours de danse.Le deuxième tableau concerne le cours de danse et a pour décor le fameux escalier que les petits rats gravissaient lorsqu’ils prenaient encore leurs cours à l’Opéra. Après un passage dansé par ces petits rats, le maître de ballet entre en scène suivi par ses élèves. Le milieu de Degas est bien recrée: des abonnés, des fidèles viennent voir les danseuses, les observer et flirter, pendant que le maître de ballet montre les pas et corrige ses élèves. L’abonné est parmi eux. L’Etoile, très gracieuse, depuis le haut de l’escalier, entre sous les yeux admiratifs des élèves présents au cours. La petite danseuse s’imagine un jour à la place de l’Etoile, mais sa mère la ramène à la réalité. L’Etoile répète ensuite une variation avec le maître de ballet, sous les yeux de la petite danseuse qui s’est cachée pour assister à cette répétition. L’homme en noir entre. Son carnet de croquis à la main, il note précieusement les mouvements des danseuses. Le troisième tableau se déroule dans l’atelier de l’artiste. Des danseuses posent, l’abonné est également présent. La petite danseuse y arrive, accompagnée de sa mère. Elle pose pour cet artiste, supposé être l’homme en noir. Le quatrième tableau a pour titre « le grand bal de l’Opéra ». Tous les danseurs ainsi que des mondains s’y retrouvent. Le maître de ballet et l’Etoile ouvrent le bal. La petite danseuse tente de se faire remarquer par l’abonné, qu’elle a rencontré précédemment dans l’atelier de l’artiste. Elle danse un pas de deux avec lui, qui marque une illusion au cours de laquelle la petite danseuse fait de l’abonné l’homme idéal. Le deuxième acte se subdivise en quatre tableaux. Le rideau s’ouvre sur la mère et sa fille. La petite danseuse est entrain de se préparer pour sortir. La mère se regarde dans son miroir lorsque son double apparaît, révélant sa personnalité. La mère emmène sa fille au Chat noir, grand lieu de rencontre et de débauche. La chanteuse de café concert, dit « caf’ conc' » mène sa revue. La petite danseuse retrouve l’abonné et le séduit, mais alors que ce dernier « flirte » avec quelques danseuses de cancan, la petite danseuse lui prend son portefeuille.Le troisième tableau de ce deuxième acte se déroule dans une prison. La petite danseuse est enfermée. Elle est hantée par l’image de sa mère, la cause de son malheur. L’apparition de la danseuse étoile la délivre de ses cauchemars. Suite à cette affaire, la petite danseuse est renvoyée de l’Opéra et elle sera alors blanchisseuse, le quatrième tableau de l’acte II.Puis, la petite danseuse retrouve l’homme en noir, qui lui redonne sa forme de statue. Le rideau se ferme sur la petite danseuse, devenue oeuvre d’art, et exposée dans sa vitrine.



Clairemarie Osta incarnait une très intéressante petite danseuse: effrontée, intrépide, son personnage a encore une fois été mûrement réfléchi. Dans l’Etoile, Dorothée Gilbert montrait beaucoup de grâce et de charisme. Elle s’est imposée dès son arrivée sur le grand escalier. Elle était cet être que la petite danseuse souhaiterait incarner et qui la remet dans le droit chemin. Mathieu Ganio, qui pour l’occasion s’est laissé pousser la moustache, était lui aussi très à son aise dans le maître de ballet, et vraiment magnifique. Ses variations étaient superbes, ainsi que les pas de deux avec Dorothée Gilbert: l’Etoile était bien mise en avant. Dans l’abonné, José Martinez montrait beaucoup de classe, il jouait bien son rôle. La pas de deux avec la petite danseuse était bien maîtrisé et Le retour d’Elisabeth Maurin était attendu, elle n’a pas déçu. Sa variation du tableau du cours de danse était très enlevée, et bien applaudies par la salle. Benjamin Pech était excellent dans l’homme en noir, il avait ce côté mystérieux, et une sacré présence en scène. Il était presque troublant. Ses variations étaient très impressionnantes. Dommage qu’il ne refasse pas l’abonné.Stéphanie Romberg incarnait la chanteuse de caf’ conc », elle a su entraîner les danseuses dans leurs danses effrénées. Dans les danseuses de french cancan, Juliette Gernez se déchaînait et se distinguait, mais aussi Myriam Kamionka, Daphnée Gestin… Dans les serveurs, du côté des danseurs, on remarquait Allister Madin, très en forme.Parmi le corps de ballet, les quatre ballerines alias Charline Giezendanner, Myriam kamionka, Laure Muret et Daphnée Gestin étaient très charmantes.


Quelques longueurs subsistent de temps à autre, les tableaux du cours de danse et du chat noir restent les plus entraînants et captivants. Le bal est un peu long, et la musique très répétitive. Le tableau des blanchisseuses permet de changer de décor, et plonge dans une autre ambiance. Il est dommage tout de même que les deux actes soient si déséquilibrés, (une heure pour le premier, et à peine trente-cinq minutes pour le second) avec la chaleur de Garnier, passer un certain stade, il devient difficile de se concentrer!


La musique de Denis Levaillant n’est pas le point fort du ballet:certains thèmes sont très mélodieux, d’autres sont moins harmonieux. De même, certains thèmes reviennent selon les différents personnages en scène.


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