Dernier ballet présenté à l’Opéra Bastille en cette fin de saison 2009-2010, Kaguyahime de Jiri Kylian entre au répertoire de la célèbre compagnie, et rencontre un beau succès. Les Etoiles Marie-Agnès Gillot et Stéphane Bullion, fraîchement promu, incarnent les rôles principaux.


Ce ballet s’inspire d’une vieille légende japonaise. Kaguyamine est une jeune fille d’une grande beauté venant de la Lune et qui est envoyée sur terre. Elle est recueillie par un coupeur de bambou qui l’élève. De nombreux prétendants surpris et éblouis par la beauté de cette jeune fille se pressent pour la courtiser. Parmi eux, cinq prétendants ne se découragent pas et ne cessent de courtiser la jeune fille. Cette dernière confie alors à chacun d’entre eux une mission, si l’un des prétendants réussit sa mission, il aura le privilège de s’unir avec Kaguyahime. Cependant, cette mission s’avère impossible à réaliser, et kaguyahime échappe à toute union.
Au cours d’une célébration qui fête la majorité de la jeune femme, des citadins, ayant entendu parler de la surprenante beauté de Kaguyahime, viennent perturber la fête afin de voir cette créature dite enchanteresse dont ils ont eu écho.
Une guerre éclate alors entre les citadins et les villageois. L’empereur Mikado prend alors connaissance de la cause de ce désordre, et décide de venir voir Kaguyahime de ses propres yeux. Il en tombe immédiatement amoureux, et lui demande de venir vivre avec lui. Mais, Kaguyahime lui explique alors qui elle est réellement et qu’elle devra prochainement repartir.
Mikado ne veut pas se résoudre à laisser Kaguyahime repartir, il appelle sa garde pour empêcher le départ de kaguyahime. Mais la lune apparaît et en aveuglant l’empereur permet à Kaguyahime de la rejoindre. Un beau conte, aujourd’hui encore d’actualité.

Marie-Agnès Gillot, personnage central du ballet, est Kaguyahime. Stéphane Bullion, entrant en jeu au cours de la deuxième partie du ballet est l’empereur Mikado.
La mise en scène de ce ballet surprend: au cours de la première partie, l’orchestre de gagaku (composé principalement de cithares et de luths) joue, les cinq prétendants sont sur scène. Chacun avec leurs présents. Des tiges en bois sont suspendues au plafond, elles représentent les bambous, bambous dans lesquels Kaguyahime est retrouvée par un villageois. Kaguyahime apparaît sur une plate forme, elle descend vers la terre. Ses cinq prétendants, Mathias Heymann, Alessio Carbone, Josua Hoffalt, Julien Meyzindi et Adrien Couvez, chacun à leur tour esquissent leurs variations. Alessio Carbone, Mathias Heymann et Julien Meyzindi sont lesplus impressionnants. Leurs variations sont très rythmés, les mouvements bien chorégraphiés. Le style Kylian va bien à Alessio Carbone. Pendant ce temps, Kaguyahime continue à esquisser sa propre série de mouvement, avec une gestuelle particulière, différente de celle des villageois.
La célébration est une scène très joyeuse. Villageois et villageoises se retrouvent pour célébrer la majorité de Kaguyahime. Chaque prétendant danse avec une villageoise et les uns à la suite des autres ils se présentent devant Kaguyahime. Parmi les villageoises, nous retrouvons Ludmila Pagliero, Amandine Albisson, mais aussi une Laurène Lévy très dynamique. Les citadins, tout de noir vêtus, entrent en scène et viennent semer la zizanie.
La deuxième partie s’ouvre sur une scène de combat entre les citadins (en noir) et les villageois (en blanc). Particularité de ce ballet, le tambour japonais, nommé Kodo, et les percussions se retrouvent sur scène. Les citadins et villageois s’affrontent. Soudain, un immense rideau doré tombe et recouvre la scène de l’Opéra Bastille. l’empereur arrive. Les cheveux gominés, une démarche assurée et regard sans pitié, Mikado, l’empereur est arrivé. Impossible de reconnaître Stéphane Bullion, qui incarne cet empereur à merveille. Il tombe amoureux de cette jeune fille, et suit alors un pas de deux très émouvant entre les deux danseurs. Ce pas de deux est très différent des autres pas de deux que l’on voit habituellement: Mikado ne danse pas, sa partenaire danse uniquement. Mikado la porte. Les portés ont une certaine esthétique, lorsque Mikado enveloppe Kaguyahime de ce « papier doré », c’est vraiment magnifique.
Pour empêcher Kaguyahime de s’envoler vers la lune, Mikado installe alors sa garde (des caissons métalliques) autour de la jeune fille. Mais la lune les éblouit. L’effet est réel: les spectateurs sont éblouis par la lumière des projecteurs réfléchit par les caissons.
Une dernière variation et Kaguyahime retourne vers les cieux.
Même si ce ballet est centré autour du personnage incarné par Marie-Agnès Gillot, sans les autres personnages tel l’empereur ou alors les villageois sont primordiales. Le corps de ballet présent sur scène a montré beaucoup de fraîcheur et de dynamisme.
La chorégraphie de Kylian est bien écrite: les mouvements et la gestuelle de Kaguyahime tranchent avec les pas des villageois beaucoup plus terrestres.
Une belle découverte, une belle soirée à (re)voir à l’Opéra Bastille jusqu’au 15 juillet prochain! En alternance avec Marie-Agnès Gillot, Agnès Letestu dansera également le rôle de Kaguyahime aux côtés de Vincent Chaillet.
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