La Bayadère, les Ombres, Acte III ( (c) une passionnée)

L’évènement de cette saison 09/10, c’était le retour au Palais Garnier du mythique ballet La Bayadère de Noureev, du 17 mai au 2 juin. Garnier, lieu de création du ballet: c’est le 8 octobre 1992 que Noureev vint saluer pour la dernière fois sur la scène emblématique avec tous ses danseurs, en laissant derrière lui un chef d’oeuvre. Un Rudolf Noureev, qui en 1961, s’était révélé sur la scène du Palais Garnier dans… le IIIème acte de cette fameuse Bayadère, dit acte des Ombres, l’acte blanc du ballet au cours duquel 36 danseuses en tutu blanc descendent le long du plateau en exécutant une succession d’arabesques.

Pour cette reprise, le ballet a fait carton plein: les places pour la série de quatorze représentations se sont vendues très rapidement, même les places sans visibilité ont été prises d’assaut. Beaucoup n’ont pu en trouver.
Plusieurs distributions se sont succédées: des Solor et Nikiya « confirmés » tels qu’Agnès Letestu et José Martinez, qui assuraient la première, Aurélie Dupont et Nicolas Le Riche. Mais cette nouvelle série permettait également à de jeunes danseurs étoiles de faire leur prise de rôle comme Mathias Heymann et Dorothée Gilbert qui incarnaient pour la première fois Solor et Nikiya.
Nikiya et Solor, Aurélie Dupont et Nicolas LeRiche
Parmi les différentes Nikiya qui se sont succédées dans ce somptueux décor, toutes ont été formidables et ont interprété à leur façon le personnage de cette danseuse sacrée. Certaines étaient tout de même plus émouvantes que d’autres. Aurélie Dupont incarnait une Nikiya à la fois douce mais déterminée. Sa Nikiya avait beaucoup de caractère. Clairemarie Osta était plus subtile, douce mais au caractère bien déterminé et très gracieuse, les mouvements esquissés par ses bras étaient remarquables! avec elle, chaque mouvement prend un sens, et l’histoire devient encore plus lisible. Dorothée Gilbert a montré qu’elle s’était également bien concentrée sur le travail de ses bras, et était pleine d’énergie. A la fin du deuxième acte, au cours de la variation dite du serpent, alors qu’Aurélie Dupont restait infiniment en équilibre, c’est Dorothée Gilbert qui a plus rappelé Isabelle Guérin, notamment dans ses déhanchés. Clairemarie Osta était également très émouvante, les larmes coulaient à la fin de sa variation.
Au cours du troisième acte, les Nikiya ont toutes réussi à transporter le public dans un autre univers, au royaume des ombres, elles et leurs partenaires ont su nous faire rêver.
Parmi les différents Solor de la série, Nicolas Le Riche a été sublime: dès son entrée en scène, Solor était là. Félin, divin, majestueux. Lors de sa variation du premier acte, ses sauts étaient impressionnants. Karl Paquette était aussi magnifique, un peu moins Solor dans son interprétation, mais vraiment impressionnant. Mathias Heymann, dès son entrée en scène, a démontré sa belle technique et son fameux travail de jambes. Ses élévations étaient superbes, cependant, il manquait encore un petit quelque chose du côté de son interprétation et l’on sentait que c’était bien la première fois qu’il le dansait. Mais, avec le temps, son Solor promet d’être encore plus spectaculaire!
Gamzatti, Dorothée Gilbert
Dans le rôle de Gamzatti, la fille du Rajah, il y eût Emilie Cozette, Dorothée Gilbert, Ludmila Pagliero (et d’autres..) Dorothée Gilbert était très attendue, elle avait déjà remporté un beau succès en 2006. Cette année pourtant, c’est Emilie Cozette qui s’est le plus démarqué. En effet, la danseuse a montré qu’elle avait pris confiance en elle et qu’elle était faite pour le rôle de Gamzatti. Elle était juste, n’en faisait pas trop. Elle s’en est bien sortie au deuxième acte au cours de la partie plus technique, et ses fouettés sont très bien passés.
Dorothée Gilbert était époustouflante dans cette partie plus technique du rôle de Gamzatti, mais de temps à autre, son jeu n’était plus trop crédible notamment dans la scène de la confrontation, où ses traits étaient un peu trop accentués.
Ludmila Pagliero semblait plus effacée, elle s’est bien évidemment tirée sans trop de problèmes de la partie technique, mais sa Gamzatti manquait un peu de confiance dans l’interprétation.

Gamzatti, Emilie Cozette
Les seconds rôles (très importants dans le ballet) n’ont pas démérité tout au long de la série.
L’idole dorée est une variation, qui peut paraître courte dans le ballet, mais qui est très importante. cette variation se situe au cours du deuxième acte, lors des fiançailles de Solor et Gamzatti. Mathias Heymann, tout de doré vêtu, avec un soupçon de paillettes dorées qui volaient à chacun de ses sauts, était impérial dans cette variation. Il a reçu de belles ovations. Alessio Carbone ne s’en est non plus pas trop mal tiré. Florimond Lorieux, qui dansait également pour la première fois, a montré de belles qualités. Malgré la difficulté de la variation, il a montré qu’il avait les capacités, même s’il était un peu tendu, il a été loin d’être ridicule.
Allister Madin laissera un impérissable souvenir dans le rôle du Fakir, dès les premières notes il habitait la scène, sa danse était enivrante, ses sauts magnifique. Samuel Murez était également impressionnant dans le rôle.
L’idole dorée, Mathias Heymann
Au cours des divers divertissements du deuxième acte, le corps de ballet dans la danse des éventails et des perroquets a montré de beaux ensembles, certaines personnalités se détachaient et certaines se faisaient remarquer plus que d’autres.
Les pas d’action étaient également bien coordonnés et bien placés, les « violettes » étaient toujours très au point Mathilde Froustey et Charline Giezendanner se détachaient des autres.
les « vertes » étaient certains soirs un peu moins ensembles, mais toujours aussi gracieuses.
La danse Manou a été dansée par plusieurs danseuses: Charline Giezendanner et Pauline verdusen étaient très espiègles et amusantes, le petit jeu rendait cette danse un peu plus vivante. Marine Ganio s’est également distinguée au cours de cette danse et a montré qu’elle avait des qualités de jeu mais aussi des qualités de solistes.
Dans la danse indienne, un des divertissements les plus entraînant de ce deuxième acte, Sarah Kora Dayanova et Fabien Révillon, mais également Héloïse Bourdon et Allister Madin se sont contorsionnés sur cette danse endiablée!
L’acte des ombres restera éternellement le moment fort de ce ballet. La descentes des ombres, leurs arabesques et leurs cambrés, ce moment de poésie avec la sensation d’être transportée dans un autre monde. Chaque soir, c’était très émouvant de voir toutes ces danseuses, tout de blanc vêtues, défiler sous nos yeux. Sarah Kora Dayanova, Héloïse Bourdon, Mélanie Hurel, Mathilde Froustey mais aussi Muriel Zusperreguy et Charline Giezendanner se sont illustrées dans les différentes variations des ombres. Mélanie Hurel et Mathilde Froustey étaient très légères, et leur deuxième variation était bien enlevée.
Ce dernier acte passe beaucoup trop vite, chaque instant, la musique, la chorégraphie, tous ces éléments nous transportent dans l’univers de ses ombres de bayadères. Les pas de deux entre Nikiya et Solor étaient d’une grande intensité, notamment Clairemarie Osta et Karl Paquette: Clairemarie Osta était si gracieuse, si éthérée, elle volait dans les bras de son partenaire.
Nikiya et Solor, Clairemarie Osta et Karl Paquette
Le dernier tableau, Solor et Nikiya entouré par les ombres, est d’une grande beauté. Solor et Nikiya qui ont su nous transporter jusque dans leur rêve, une seule envie à la fin du ballet: continuer à rêver avec eux.
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