Depuis mardi dernier le ballet de l’Opéra National de Paris redonne, pour la quatrième fois en cinq ans, la dame aux camélias de John Neumeier.
Pour la troisième représentation de cette série 2010, les étoiles Clairemarie Osta et Mathieu Ganio interprétaient les rôles de Marguerite Gautier et d’Armand Duval.

Clairemarie Osta et Mathieu Ganio

Cette soirée du 5 février fût très émouvante et bouleversante: Clairemarie Osta est une magnifique Marguerite et Mathieu Ganio est extraordinaire en Armand.
Clairemarie Osta se distingue par son jeu soigné, son style, sa sobriété et par la pureté de sa danse. Son partenaire, Mathieu Ganio, fait preuve de beaucoup d’élégance et de romantisme. Il est ce jeune amant fougueux et maladroit, elle est cette femme mâture qui au début résiste pour s’abandonner ensuite dans les bras de son jeune amant. Le partenariat entre les deux étoiles fonctionne à merveille: les portés ne sont point étriqués, l’émotion passe, et leur jeu est tout à fait lisible et crédible. Le public se laisse transporter au cœur cette histoire que les deux danseurs nous racontent.
Les pas de deux étaient formidablement bien réussis, aussi bien techniquement qu’artistiquement et riches en émotion. Le premier pas de deux est si romantique, le deuxième si touchant, et le dernier si intense. La variation de la lettre, lorsqu’Armand découvre que Marguerite l’a laissé à la fin du deuxième acte, est magnifique.

Du côté des rôles secondaires, Isabelle Ciaravola excelle en Manon. Depuis sa première apparition en scène jusqu’à sa mort dans les bras de Des grieux, elle nous émeut, nous fascine par son interprétation mais aussi par la qualité de sa danse: notamment avec ses développés et ses jambes si longues… On aime l’air qu’elle prend quand elle est face à Marguerite au cours du deuxième acte, quand elle la regarde l’air de dire « tu es comme moi ». Elle a une grande présence en scène, elle donne beaucoup d’envergure au personnage de Manon, qui ne reste pas qu’un personnage secondaire. Elle est époustouflante! A ses côtés Christophe Duquenne se distingue également en Des grieux, son partenariat avec Isabelle Ciaravola est très réussi et les portés très fluides. Il sait mettre en valeur sa partenaire.

Josua Hoffalt démontre ses qualités techniques (et artistiques) dans le rôle de Des grieux, mais n’efface pas les prestations de Karl Paquette dans ce même rôle. Muriel Zusperreguy est une jolie Prudence, elle s’investit beaucoup dans son personnage.
Myriam Ould Braham jouait Olympia, cette jeune « garce » qui, tente de
Mickaël Denard jouait le rôle de Monsieur Duval, malgré ce rôle ingrat celui-ci a toujours une forte présence en scène.

Les scènes de bal sont toujours aussi belles, quant au pas de deux de la campagne l’ambiance y est toujours aussi joviale, pour cette reprise on remarque les Cyril Mitilian et Yannick Bittencourt. Mathilde Froustey avec son piquant attire également le regard. Au troisième acte, au moment de la scène de bal, les danseurs formaient un bel ensemble.

Peu de longueurs au cours de cette soirée, on est plongé au cœur de cette histoire. Cette histoire, à la fois si triste mais pourtant si belle. L’émotion est présente et les larmes montent aux yeux à la fin de la représentation. La musique de Chopin n’y est d’ailleurs pas pour rien..
Les costumes sont toujours aussi superbes et nous plongent dans l’ambiance de l’époque.

Le final reste ce moment si fort où Armand est entrain de lire la lettre que lui a laissé Marguerite, il découvre la fin de sa bien aimée. La mort de Marguerite est sobre, sans artifice, mais si forte…

Une représentation émouvante, complètement bouleversante.

(photo: Clairemarie Osta (Marguerite Gautier) et Mathieu Ganio (Armand Duval) (c)

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