Retour à l’Opéra Garnier pour une troisième représentation de Giselle. Cette fois-ci, ce sont Dorothée Gilbert et Mathias Heymann qui interprétaient à leur tour, pour la première fois sur la scène parisienne, les rôles de Giselle et d’Albrecht. Une distribution également très attendue… (et qui m’a convaincue!!)

Dorothée Gilbert et Mathias Heymann
(c) une passionnée

Depuis sa nomination en janvier 2007, Dorothée Gilbert a beaucoup évolué et a pris du poids en scène. Très belle technicienne, elle affiche sa joie de danser dès son entrée en scène. Certes, elle est jeune et c’est sa première Giselle, du moins sur la scène du Palais Garnier (elle l’avait déjà dansé début 2009 lors de la tournée du ballet à Monaco aux côtés de Mathias Heymann) mais son jeu est convaincant. Sans en faire de trop, elle adapte sa technique au service de la chorégraphie et n’en rajoute pas au niveau de l’interprétation. Elle ne minaude pas. Sa variation est maîtrisée, solide, sa diagonale sublime, et le tout sans aucun arrangement: tous les pas imposés sont là! Sa scène de la folie est également très intéressante, mais surtout saisissante: tout passe par le regard, du moment où elle réalise que son bien-aimé l’a trahi, jusqu’au moment où elle s’éteint dans les bras de celui-ci. Un instant touchant lors de cette scène, lorsqu’Albrecht, alias Mathias Heymann, essaye de la réconforter mais qu’elle ne le reconnaît plus: son regard est vide. Perdue, elle ne sait plus qui il est, mais elle entend déjà les murmures des Willis, ces jeunes filles mortes avant leurs noces, qui l’appellent. La fin est proche.
Une grande complicité s’est installée entre Dorothée Gilbert et son partenaire Mathias Heymann, qui soit dit en passant est un bel Albrecht. Ses qualités techniques sont impressionnantes (ses sauts, son ballon, ses réceptions…) mais également ses qualités d’interprétation. Il a beaucoup évolué sur ce point là. Ses interventions dans la scène de la folie étaient justes et correspondaient à la situation. Il a beaucoup de présence et dégage énormément en scène.
Le pas de deux des paysans était bien mené hier soir avec Emmanuel Thibault et Mélanie Hurel. Jusqu’à présent, Mélanie Hurel est la meilleure dans le rôle: elle est gracieuse, mélodieuse et posée. Quant à Emmanuel Thibault, il soutire toujours autant de bravos de la part du public avec ses pirouettes et sauts (mais bon…)
Yahn Bridard fût un bel Hilarion. Son interprétation était très interéssante.

Au deuxième acte, on retrouve cette ambiance magique, mystique, et des moments très émouvants…
Stéphanie Romberg est une belle Myrtha avec de la technique et avec du style. Elle trouve le ton juste, sait rester imposante mais en même temps cet être éthéré. La traversée des Willis, moment très émouvant du ballet a à nouveau tiré des applaudissements du public. Des Willis, dont les ensembles sont moins bien coordonnés contribuent à la magie de ce deuxième acte.
Dorothée Gilbert est une belle willis, sobre et généreuse. Mathias Heymann est Albrecht désespéré qui vient se recueillir après l’erreur qu’il a commise. Les portés ne sont pas risqués et pas aussi grandioses mais ils sont bien maîtrisés et réussis. Les protagonistes sont émouvants et touchants. On ressent cette tendresse de Giselle pour Albrecht: lorsqu’elle déverse les fleurs au visage d’Albrecht, lorsqu’elle fait tout pour le protéger, lorsqu’elle supplie Myrtha. Mathias Heymann a marqué également le rôle hier par son interprétation. Ce soir-là, les entrechats étaient là mais ce n’était pas qu’un exercice purement technique auquel le public a assisté à mais une véritable interprétation. Un beau moment! Et puis, le jour se lève et Les willis finissent leur danse nocturne, vinrent alors les derniers piétinés de Giselle, les derniers instants avant d’être à nouveau séparés, mais Albrecht est sauvé. Il recueille les dernières fleurs que Giselle lui a déposé et en fait un bouquet, qu’il serre contre son coeur: un dernier souvenir…

Une belle ovation et de nombreux rappels ont clôturé cette représentation…

Deux artistes en pleine éclosion, à suivre sur la scène de l’Opéra de Paris…

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